Contrairement aux apparences, le crime est une notion beaucoup plus complexe qu'on ne le croit généralement. Depuis que les questions de sécurité sont devenues un problème politique majeur se pose la question de la mesure et du classement des actes dits criminels. La question des instruments de connaissance est donc un enjeu stratégique particulièrement douloureux en France, à la différence d'autres nations : les utilisations scientifiques et politiques de ce qu'ils révèlent font l'objet d'annexions conflictuelles, les finalités des politiques de prévention et de répression qui en découlent étant au cœur des divergences d'appréciation des moyens. Pourtant, un dialogue entre agences administratives policières et sociologues du crime a commencé à se nouer depuis les années 2000, à la faveur des apports d'enquêtes dédiées aux victimes, qui renouvellent le champ de compréhension de la criminalité générale.
1. Crime et criminalité
Les notions de « crime » et de « criminalité » sont si polysémiques qu'il n'existe pas d'autre moyen que d'en proposer, à titre liminaire, une définition plutôt sociologique que juridique. Dans cette perspective, on considère comme criminels ou délinquants tous les comportements qu'un législateur incrimine en menaçant le responsable d'une peine. Dans cette définition, il n'existe pas de crime en soi. Un acte est qualifié de criminel sous l'action d'un pouvoir légitime qui sanctionne certains comportements. Pour des philosophes, des moralistes ou des juristes, la transgression d'un interdit peut être qualifiée de criminelle, indépendamment de la capacité des institutions à identifier plus ou moins correctement son auteur ; il en découle la croyance en l'existence d'une « criminalité réelle » qui serait uniquement constituée par le nombre total d'actes transgressés assortis d'une peine, que des auteurs auraient plus ou moins conscience d'avoir commis.
À côté de cette conception théorique d'une « criminalité réelle », qui existerait virtuellement sans […]
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