« Jamais je n'aurais imaginé que le travail d'un procureur international serait à ce point aussi différent de celui d'un procureur national, tant les pressions et les tentatives d'ingérence des politiques furent nombreuses. » Par cette confidence livrée à l'issue de son mandat, Carla Del Ponte n'hésite pas à lever un coin du voile sur la vie sous haute surveillance qu'elle a menée pendant plus de huit ans, de septembre 1999 à décembre 2007, comme procureur général auprès du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (T.P.I.Y.) et pendant quatre années, de 1999 à 2003, auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (T.P.I.R.).
À ce poste clé au sein des deux premières instances pénales internationales (créées par le Conseil de sécurité des Nations unies en 1993 et 1994) depuis les Tribunaux militaires de Nuremberg et de Tōkyō, cette Suissesse diplômée de droit international en 1972 s'est forgée au fil des années une réputation de femme d'acier. Son rôle est déterminant dans les procès de Slobodan Milošević, le tout premier chef d'État traduit devant la justice internationale, ou dans celui de Jean Kambanda, l'ex-Premier ministre du gouvernement intérimaire du Rwanda condamné en appel à l'emprisonnement à vie pour génocide.
Née en 1947 près de Lugano, dans le canton suisse du Tessin, Carla Del Ponte est un magistrat qui parle haut et fort, y compris dans son propre pays. Jadis, elle y a recherché les comptes secrets de la mafia sicilienne cachés dans les banques helvétiques et fait cause commune avec le célèbre juge italien Giovanni Falcone. En 1988, tous deux échappent à un attentat à Palerme. Falcone meurt en 1992 dans un nouvel attentat à l'explosif commandité par la mafia. Del Ponte vit dès lors sous protection policière. Après avoir été pendant dix ans procureur du Tessin, elle est nommée en 1994 procureur général de la Confédération helvétique et devient la première et la seule femme jamais promue à cette fonction. Elle se donne pour priorité de lutter dans le monde contre […]
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