2. Le refus
L'analyse précédente a le mérite de protéger contre l'illusion qui voit dans toute innovation une contestation. Elle ne rend pas compte de l'opposition aux normes, si évidente et même si spectaculaire dans tous les mouvements considérés ici.
La contre-culture est d'abord le fait des drop-out, de ceux qui rompent soit avec les études, soit avec les formes habituelles de la vie professionnelle. Et cet abandon est une protestation. Pas nécessairement une contestation, mais l'expression d'un manque et le désir d'échapper à une organisation sociale qui apparaît comme étouffante.
Des premiers beatniks au personnage de Easy Rider, un nouveau mythe de la route, du voyage, apparaît dans ce pays qui avait si longtemps vécu en repoussant ses frontières et qui se sent de plus en plus enfermé dans des limites non seulement géographiques mais surtout professionnelles et morales. Ce refus est le fait de jeunes gens de niveau social élevé : 55 à 70 p. 100 des beatniks ou des hippies viennent des classes moyenne et supérieure, de la bourgeoisie. Allen Ginsberg, l'auteur de Howl, qui eut tant d'influence, est le meilleur symbole de cette attitude, au moins pendant la première phase de sa vie. Jack Kerouac, de la même manière, écrivant d'un jet, sans se corriger et seulement en complétant le premier état de son texte, fut aussi un des modèles de la génération des beatniks. Plus nombreux, les hippies ont souvent été des jeunes gens rompant avec leur famille ou leur école, prenant la route, surtout en direction de la Californie. San Francisco, surtout le quartier de Haight-Ashbury, devint le centre principal du mouvement : des milliers de hippies s'y rassemblèrent, notamment à l'occasion du gigantesque love-in de 1967.
Mais assez vite ces groupes se dissolvent, chassés par la police, et se réfugient à la campagne pour devenir des communautés d'un style différent. Beaucoup de jeunes gens partent vers l'Orient, attirés par la drogue et parfois par une image très vague des philosophie […]
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