4. Les derniers feux de la grandeur suédoise (1714-1718)
Pendant un an, le roi tentera vainement de sauver la Poméranie contre les armées coalisées du Danemark, de la Prusse, de la Saxe, tandis que la flotte britannique l'empêche de recevoir des renforts, l'électeur de Hanovre, roi d'Angleterre, ayant pris possession de Brême et de Verden. Charles XII se rend alors à Lund d'où il anime la défense. L'armée est maintenant commandée par des officiers dont les deux tiers ne sont pas nobles et qui, sortis du rang, sont d'une fidélité inébranlable. D'autre part, Charles XII bénéficie des conseils politiques et économiques d'un aventurier, le baron de Gœrtz, diplomate et financier holsteinois. Il est également assisté des savants Polhem et Swedenborg. La Suède fut sauvée de l'invasion par la désunion des coalisés. Gœrtz tenta de tirer parti de leur mésentente pour obtenir une paix séparée avec les Russes aux conférences d'Aland. Sa monnaie remplaça les lourdes pièces de cuivre et il émit des billets de banque comparables au système de Law. Ses vastes projets comportaient la conquête de la Norvège, conquête déjà commencée par Charles XII, des relations secrètes avec l'Espagne par le canal des jacobites en vue d'une ligue du Nord dirigée contre le Hanovre et le Danemark. Cependant, devant Friedrikshall, au sud-est de la Norvège, Charles XII fut mortellement blessé, dans des circonstances mal définies, le 11 décembre 1718, laissant un peuple décimé et un pays ruiné, qui devra bientôt reconnaître la perte de son empire et répudier l'absolutisme au profit d'un gouvernement aristocratique.
Charles XII, cet aventurier belliqueux, fasciné par la gloire, reste une figure discutée. Ses anciens compagnons, tel Folard, ses laudateurs, dont Voltaire ou Samuel Johnson, ont forgé une légende caroline qui transcende le personnage historique. La Suède conserve pour « le dernier des Varègues » et son épopée une grande admiration : elle y voit un tacticien aussi exceptionnel que dépourvu du sens du possible.
Son invasion de la Russie de Pierre le Grand et son échec qui préfigure ceux de Napoléon et de Hitler représentent l'épisode le plus marquant de ce règne qui inspira à Voltaire l'un de ses plus célèbres ouvrages historiques.
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