4. Le souverain à « la barbe fleurie »
Charlemagne nous est assez bien connu grâce à la biographie que lui consacra vers 830 Eginhard, qui avait été élevé à la cour et qui le connut fort bien, du moins pendant les dernières années de son règne. De haute taille (environ 1,90 m), le roi avait une forte carrure, le corps souple malgré une certaine tendance à l'embonpoint. Le visage était ouvert et imberbe ; c'est la légende qui l'affubla de la célèbre « barbe chenue ». La vitalité du roi était prodigieuse, son activité inlassable, son tempérament exubérant, ses mœurs très libres. On lui connaît, quand il fut très jeune, une première liaison dont naquit un fils, Pépin le Bossu (qui complota contre lui en 792 et fut interné dans un monastère), puis quatre épouses successives, la fille de Didier (que la légende appela Désirée), la Franque Hildegarde (morte en 783) qui lui donna quatre fils et cinq filles, la Franque Fastrade qui fut mère de deux filles (morte en 794) et enfin une Souabe, Liutgarde. Après la mort de celle-ci (800), il eut encore plusieurs concubines dont naquirent des fils et des filles. Tout cela évoque irrésistiblement la polygamie ancestrale. On notera cependant que la conduite de Charlemagne ne fut pas officiellement blâmée par l'Église et que lui-même, chrétien sincère et très assidu à la pratique religieuse sous toutes ses formes, ne ressentit jamais l'écart qui existait entre sa religion et sa vie privée ; il ne faut pas oublier non plus qu'on se trouve dans une époque où une éthique laïque et une vie sacramentelle exigeante et régulière étaient pratiquement inexistantes. Pour compléter le portrait de Charlemagne, citons encore la simplicité de son abord, son intelligence lucide, sa capacité d'adaptation à toutes les circonstances, son goût pour la culture et de très solides qualités morales : les contemporains ont loué sa magnanimité et sa constance. « Il savait, écrit Eginhard, résister à l'adversité et éviter, quand la fortune lui souriait, de céder à ses séductions. » Mêlés à ces qualités, voici maintenant des défauts auxquels le biographe ne fait pas allusion mais que révèle l'action de l'empereur : entre tous, son autoritarisme extrême allant jusqu'au despotisme, sa propension à la violence qui le fit parfois tomber dans la cruauté, comme en témoignent certains épisodes des guerres de Saxe (massacre de Verden en 782, déportations...). Au total, une personnalité de tout premier plan, capable de produire une impression considérable sur tous ceux qui l'approchaient, ce qui permet de comprendre que la légende se soit emparée de Charlemagne de son vivant.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 7 pages…



