3. Le corps sous l'œil de l'objectif
Le travail systématique des artistes de la performance avec des cinéastes et des photographes, en vue de documenter leurs actions, va favoriser le passage d'un art de l'action vers un art corporel spécifiquement photographique. Le travail de Rudolf Schwarzkogler, un temps protagoniste des actionnistes, incarne cette transition. Ses actions, qui simulent des automutilations, se développent dans une atmosphère clinique où le bandage taché de sang joue un rôle primordial. Elles témoignent, en outre, d'une syntaxe raffinée, où l'art du cadrage, le rôle du détail, l'attention portée à l'éclairage rendent visible la façon dont le langage photographique peut lui aussi réinventer le corps.
Venu de la poésie, Vito Acconci définit, à partir de 1969, son corps comme lieu sur lequel il peut intervenir méthodiquement. La répétition épuisante du même geste, l'enregistrement des variations du rythme biologique au cours d'un effort physique, la mesure de l'intensité de la douleur provoquée par une morsure ou une brûlure construisent, à l'aide du texte et de la photographie, le champ théorique de ses expériences. Au sein de l'espace d'une galerie, il se soustrait généralement au regard du spectateur, faisant seulement entendre sa voix ou diffusant sa performance par le circuit fermé d'un téléviseur. Ainsi, dans Claim (1971), il est assis seul au bas d'un escalier, et répète : « Je veux être seul, je ne laisserai personne descendre ici. » À partir de 1968, le geste élémentaire, répété jusqu'à l'obsession, devient aussi la base du vocabulaire corporel de Bruce Nauman. Slow Angle Walk (1968-1969) montre, par l'intermédiaire d'un enregistrement vidéo, le lent déplacement de l'artiste une heure durant pour effectuer le passage à angle droit d'une ligne verticale à une ligne horizontale dessinées sur le sol. La règle de l'endurance lui permet de se mettre à l'épreuve, mais avec une distance amusée qui nous rappelle que la gratuité dans tous ces exercices reste de mise. Ai […]
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