Tout semble avoir été écrit sur Bob Dylan. Les gloses, révélations, offrandes et palinodies se sont accumulées et contredites au point de le ranger au rayon des classiques de la pop music, des troubadours modernes, des héros de la contre-culture des années 1960 ou des junkies de l'underground. On peut aussi bien voir en lui le seul chanteur-auteur-compositeur génial de la musique populaire de la seconde moitié du xxe siècle, abscons et transparent, lumineux mais tragique, viscéralement attaché aux racines des musiques américaines tout en les transcendant par une inspiration singulière. S'il n'a guère manifesté d'attirance pour le jazz, il a exploré en revanche tous les territoires du blues, du folk, de la country et du rock. En brouillant les pistes, il a produit un lyrisme de violente tendresse qui décourage les classements. Dylan n'est pas un penseur, pas davantage un théoricien. Ceux qui ont vu en lui un prophète se sont laissé abuser par les formules sympathiques de sa première période qui, pour sincères qu'elles aient été, n'en étaient pas moins simplistes. On l'approche davantage à travers son dandysme, qui explique autant l'ironie méprisante avec laquelle, au temps de sa gloire insolente, il répondait aux interviews, que sa silhouette de bohème élégante ou ses accoutrements improbables qui ont évolué avec le temps. On l'accepte définitivement en voyant en lui celui qui fit de la poésie dans la musique l'expérience même de la vie. Dans le fracas d'un monde qui s'effondrait et d'un autre qui ne parvenait pas à naître, ses images de visionnaire, ses mots et sa voix meurtris, ses mélodies ont su en de brefs à-coups donner un sens aux chagrins et aux révoltes d'une jeunesse incertaine.
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De son vrai nom Robert Allen Zimmerman, fils d'un commerçant juif, il naît à Duluth, dans le Minnesota, le 24 mai 1941. Dylan a beaucoup menti sur sa jeunesse de rebelle un peu rustre qui admirait James Dean, mais le premier volume de son autobiographie fragmentaire (Chronicles, 2004) fai […]
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