2. Simple Twist of Fate
L'année 1965 marque une rupture radicale. Dylan trahit les « folkeux » et enregistre son premier album électrique et urbain, influencé par la pop anglaise, notamment celle des Beatles, qu'il écoute depuis quelque temps avec beaucoup d'intérêt. Bringing it All Back Home [She Belongs To Me, Love Minus Zero/No Limit, On The Road Again, Mr Tambourine Man, It's All Right, Ma (I'm Only Bleeding)...] marque l'avènement du folk-rock qui allait tenir pendant plus de dix ans le devant de la scène musicale mondiale. La même année, Donn Alan Pennebaker réalise le légendaire documentaire Don't Look Back qui permet de suivre Dylan dans sa tournée européenne, accompagné notamment de Joan Baez, de Marianne Faithfull ou du poète beatnik Allen Ginsberg. C'est le moment le plus extraordinaire et le plus tumultueux de la carrière de Dylan. Le look a entièrement changé et il fait scandale en juillet au festival folk de Newport en imposant ses compositions électriques. Sur Highway 61 Revisited, toujours en 1965, il enregistre une de ses plus belles chansons, surréaliste et désespérée, Desolation Row ; Like a Rolling Stone, son morceau le plus célèbre, sonne comme une profession de foi et l'hymne d'une génération, dans l'alliance des guitares électriques, du synthétiseur et de l'harmonica. Ses aventures extraconjugales (il avait épousé Sarah Lowndes quelques années auparavant) se multiplient, l'héroïne et les amphétamines altèrent son humeur et exacerbent ses tendances au démiurgisme, dont pourtant il se défend. Son agressivité sur scène s'en trouve décuplée. Si le concert à Paris est un psychodrame calculé d'incompréhension entre l'artiste et son public, celui de Manchester (primitivement connu sous le nom de Royal Albert Hall et repris dans le Bob Dylan Live 1966 en 1998) est un moment déchirant de rock syncrétique où se confondent blues, rhythm 'n' blues et folk. Le plus somptueux de ses albums, Blonde on Blonde, sort en 1966 : sur la double pochette, Dylan apparaît en plan américain, me […]
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