3. La législation bénédictine
Benoît d'Aniane marque une étape décisive dans l'évolution de la législation bénédictine. Nul n'osera plus remanier la règle de saint Benoît ou la fondre avec d'autres. Elle sera recopiée et diffusée intégralement, y compris les passages mentionnant des observances tombées en désuétude ; elle sera méditée et commentée par des générations de moines et servira à la formation des novices. Mais pour l'adapter aux nécessités des temps, on fera suivre la règle de textes législatifs, qui portent le nom de coutumes, constitutions, ou déclarations, selon leur nature particulière. Benoît d'Aniane n'a certes pas inventé les coutumes, puisque la règle de saint Benoît elle-même y fait allusion, mais il a été le premier à les codifier, dans le capitulaire de 817 ; la législation bénédictine jusqu'à nos jours en dérive, sans solution de continuité, malgré les modifications subies au cours des siècles.
À propos de Benoît d'Aniane, on parle de « réforme ». L'emploi de ce terme entraîne une interprétation en partie inexacte. Dans un monde aussi traditionnel que le monde monastique, tout changement animé par l'idéal de mieux faire doit être considéré comme un retour aux sources ; ses promoteurs veulent donc une « réforme » au sens étymologique de « remise en forme ». Dans quelle mesure est-il possible de revenir à une observance introduite des siècles plus tôt ? Les anciens réformateurs ne s'étant jamais posé cette question, il est inutile d'y répondre, mais nécessaire de la poser pour apprécier l'histoire. On note une tendance à accabler ceux qui ont vécu « avant la réforme », toutes les réformes étant présentées comme de vertueuses réactions contre un déplorable relâchement de la vie monastique. Or les réformes ayant été très nombreuses, on s'oblige ainsi à conclure que rares furent celles dont la réussite s'étendit sur un siècle. De tels jugements ne s'appuient le plus souvent que sur des faits isolés, d'inévitables défaillances individuelles ; la sévérité […]
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