Du milieu des années 1930 à la fin des années 1950, les grands orchestres ont écrit l'une des pages majeures de l'histoire du jazz. Jimmie Lunceford, Benny Goodman, Earl Hines, Tommy Dorsey, Dizzy Gillespie, Lionel Hampton et bien d'autres encore leur ont donné leurs lettres de noblesse. Mais nul n'a pu contester la suzeraineté absolue de Duke Ellington et de Count Basie. Personne n'a su échapper à l'écrasante influence de ces deux géants qui, chacun dans sa direction, semblent avoir définitivement épuisé les ressources des grandes formations nées à l'ère du swing. Les contrées qu'ils ont l'un et l'autre explorées appartiennent, certes, à des mondes sonores bien étrangers. Ils se rejoignent néanmoins dans une commune perfection.
1. De Kansas City à New York
William « Bill » Basie naît à Red Bank (New Jersey) le 21 août 1904. Il s'initie dès l'enfance à la batterie et, sous la surveillance de sa mère, au piano. Il prend des leçons avec Willie « The Lion » Smith et avec Fats Waller, qui lui fait aussi découvrir l'orgue. On peut l'entendre à Harlem alors qu'il approche de ses vingt ans. Bessie Smith et Clara Smith le retiennent comme accompagnateur. En 1925, il fait ses débuts dans des comédies musicales. Une tournée le conduit à Kansas City en 1926, puis l'y abandonne sans travail. Il tient alors le piano dans les théâtres et les cinémas. En juillet 1928, le bassiste Walter Page l'engage dans ses Blue Devils, où officie déjà le chanteur Jimmy Rushing. L'année suivante, en compagnie d'une partie des musiciens de l'orchestre, il rejoint la formation de Bennie Moten. À la mort de celui-ci, en 1935, il fonde son premier orchestre. Le célèbre critique John Hammond le distingue et le fait engager au Grand Terrace Café de Chicago. L'ensemble se produit pour la première fois à New York en 1936, au Roseland Ballroom. C'est en mars 1937 que Basie engage le guitariste Freddie Green, qui désormais ne quittera plus l'orchestre, et Billie Holiday. En 1937, Basie enregistre son premier disque chez Decca, Swinging at the Da […]
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