Les légendes se bousculent autour du nom d'Art Blakey. L'une dit que ce serait grâce au jazz qu'il aurait quitté son travail de mineur. Une autre affirme que, pianiste très médiocre, il ne serait venu à la batterie que sous la menace d'un gangster mélomane ! Une autre encore soutient qu'il aurait consacré deux ans de sa vie à étudier au Nigeria la richesse des rythmes ouest-africains. Toutes ces légendes sont bien entendu invérifiables, du fait de l'ombre qui masque les débuts de tous les jazzmen noirs de cette génération. Mais on ne prête qu'aux riches.
1. Des Messengers aux Jazz Messengers
Art Blakey – qui adoptera à la fin des années 1940 le nom islamique de Abdullah ibn Buhaina, d'où découle le sobriquet « Bu » – naît à Pittsburgh (Pennsylvanie) le 11 octobre 1919. Pianiste accompli dès l'adolescence, il se tourne rapidement vers la batterie, adoptant un style frénétique dans la lignée de Chick Webb, de Sid Catlett ou de Ray Bauduc. Il accompagne Mary Lou Williams et appartient à l'orchestre de Fletcher Henderson du début de 1943 au début de 1944. Il rejoint ensuite le big band de Billy Eckstine (1944-1947), où il côtoie les tenants du modernisme, parmi lesquels Dizzy Gillespie, Miles Davis, Dexter Gordon, Tommy Potter et Fats Navarro. C’est en décembre 1947 qu'apparaît pour la première fois le nom de Messengers, pour qualifier un octette avec lequel il enregistre pour Blue Note.
Dès ces années 1940, Art Blakey s'affirme comme l'un des principaux artisans du mouvement bop. Il participe aux enregistrements historiques que Thelonious Monk réalise pour Blue Note en octobre et novembre 1947 (en sextette, en trio et en quintette), et se produit au sein des quintettes de Fats Navarro et de Dexter Gordon (décembre 1947). En 1948 et 1949, il séjourne en Afrique, probablement pendant plus d'un an, s'imprègne de la culture islamique et adopte le nom de Abdullah ibn Buhaina.
Il tient la batterie au sein du quartette de Buddy DeFranco en 1952 et 1953. Il grave beaucoup de disques à cette époque, avec not […]
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