Depuis ses origines, le cinéma britannique s'épanouit dans la contradiction – un peu comme l'humour anglais, que l'on caractérise comme conformiste d'un côté, iconoclaste de l'autre. On le déclare périodiquement « fini » pour mieux parler de ses « renaissances » ; les généralisations sont tentantes, souvent réductrices, parfois abusives, car à bien des égards, cette cinématographie reste déroutante et rebelle à l'analyse.
1. Le complexe américain
L'un des problèmes séculaires du cinéma britannique est sa rivalité complice, sa relation d'amour-haine avec Hollywood. Dès les années 1910, le cinéma américain impressionne le public anglais, phénomène qui s'accentuera avec le parlant, grâce à la langue qui leur est commune, et malgré les efforts des autorités pour favoriser la production nationale par un système de quotas. Durant les années 1930, le succès du cinéma britannique en dehors de ses frontières entraîne un regain de prestige, notamment avec les films d'Alfred Hitchcock (Les Trente-Neuf Marches, 1935) et les productions d'Alexander Korda (La Vie privée de Henry VIII, 1933). Il s'ensuit une conséquence paradoxale : la fuite des talents, séduits par la tentation hollywoodienne, avec ses gros budgets et ses promesses de notoriété internationale. Hitchcock et Charles Laughton (l'interprète de Henry VIII), en acceptant de travailler aux États-Unis, ne font qu'anticiper un ample mouvement de va-et-vient entre cinéma anglais et cinéma américain, qu'il s'agisse d'acteurs (de Stewart Granger à Anthony Hopkins, de Deborah Kerr à Emma Thompson), de cinéastes (de David Lean à Ridley Scott) ou de techniciens comme le chef opérateur Jack Cardiff. Récemment encore, des cinéastes se faisant remarquer par des premiers films intimistes en Grande-Bretagne sont allés tourner des superproductions à Hollywood : c'est le cas de Mike Newell (Dance with a Stranger [Un crime pour une passion], 1985), Anthony Minghella (Truly Madly Deeply, 1991) ou Christopher Nolan (Following [Following, le suiveu […]
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