L'ouvrage d'André Chastel (1912-1990) Art et humanisme à Florence au temps de Laurent le Magnifique est la forme publiée de sa thèse, revue par ses soins une vingtaine d'années plus tard. Au sommet de sa carrière, il donnait ainsi une forme nouvelle à un travail considérable, portant sur le terrain de prédilection des chercheurs germanophones, de Burckhardt à Panofsky, en passant par Warburg, dans la lignée desquels il se place explicitement, non sans avoir complété leur approche au contact des études d'Eugenio Garin et de Paul Oskar Kristeller sur la pensée de la Renaissance. Les questions auxquelles André Chastel souhaitait apporter des éléments de réponse précis et nuancés portaient sur les relations de l'art et de la philosophie : « Peut-on dégager une philosophie de l'art des travaux de l'humanisme toscan dans le dernier tiers du xve siècle ? » et « Que doit cet humanisme à l'activité artistique de Florence au temps de Laurent ? »
Refusant le piège qui aurait consisté à chercher à construire une vision unitaire de « l'esprit de l'époque », André Chastel s'est intéressé aux divergences, aux doutes et aux ambiguïtés décelables tant dans les personnalités des philosophes du cercle médicéen que dans celles des artistes qui ont été employés et influencés par ce groupe moteur de la culture florentine. Le plan tripartite de l'ouvrage en exprime parfaitement les éclairages successifs.
1. Artistes et humanistes florentins du dernier tiers du XVe siècle
André Chastel évoque les collections médicéennes d'antiques, dont les statuettes (etruscan revival), les camées gravés de scènes mythologiques, les médailles ainsi que les sculptures regroupées dans le « musée » du jardin de Saint-Marc ont eu un grand impact sur la création artistique. Il rappelle le programme scientifique des membres de l'Académie qui se réunissaient dans la villa médicéenne de Careggi, Marsile Ficin, Ange Politien, Pic de la Mirandole, Cristoforo Landino : éditer et commenter Platon, Plotin, ainsi que des textes ésoté […]
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