2. L'invention de l'alphabet
On peut encore simplifier l'écriture en décomposant la syllabe en consonne et voyelle : on a alors un alphabet composé de lettres (entre 20 et 50). Mais c'est là une opération bien abstraite et, en fait, la simplification ultime de l'écriture ne devait être réalisée que par un peuple parlant une langue du groupe sémitique, où les consonnes forment à elles seules le cadre inaltérable des racines à partir desquelles on forme les mots de même famille. Cette structure suggère une solution imparfaite : n'écrire que les consonnes. L'écriture égyptienne possédait bien des signes phonétiques transcrivant des consonnes isolées, mais les scribes de la vallée du Nil n'avaient jamais songé à se servir uniquement de ces signes-consonnes pour écrire. On doit l'intervention de l'alphabet à des marchands syriens, indifférents aux beautés littéraires des vieux systèmes d'écriture et soucieux d'abord de la rédaction rapide de leurs contrats. Mais en dépit de la subtilité acquise au contact d'étrangers de tous pays, il leur faudra une bonne partie du IIe millénaire avant notre ère pour mettre au point leur système.
Certaines tentatives empruntent leurs signes aux écritures égyptiennes : inscriptions protosinaïtiques (dans la mine de turquoises de Serabit el-Khadem, dans le sud du Sinaï), textes pseudo-hiéroglyphiques de Byblos. Mais leur date est incertaine (entre le xixe et le xive s.) et on ne s'entend pas sur leur déchiffrement. Par contre, on lit fort bien les alphabets ougaritiques (xive-xiiie s.), qui sont composés de signes cunéiformes transcrivant des consonnes : le plus employé a trente signes et s'écrit de gauche à droite comme le cunéiforme de Mésopotamie ; un autre, de 22 à 28 signes, s'écrit de droite à gauche, comme plus tard le phénicien et les écritures qui lui seront apparentées. Élaborés à Ougarit, le grand port cosmopolite, ces alphabets ont été utilisés également dans différentes localités de Palestine. Conçus pour être tracés sur des tablettes d'argile, ces alphabets cunéiformes céderont la place à des systèmes de signes linéaires (d'un tracé plus simple et géométrique) que l'on peut plus facilement graver sur la pierre ou sur le métal, tracer au pinceau sur des ostraka (fragments de pierre ou tessons) ou sur des papyrus.
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