6. L'alphabet latin
La postérité la plus importante de l'écriture grecque se situe en Italie. Entrés en contact avec les Hellènes, les Étrusques tirent de l'écriture de ces étrangers (env. 700 av. J.-C.), un alphabet, qui est à l'origine de toutes les écritures utilisées dans l'Italie du Ier millénaire avant notre ère : vénète, messapienne, sicule et picénienne (ve s.), osque (ive s.), ombrienne et rhète (iiie s.), sans parler de l'alphabet latin, attesté dès la fin du viie siècle avant J.-C. (fibule de Préneste) et qui, répandu par les Romains, va conquérir le monde méditerranéen.
Langue de culture, le latin survit à la chute de l'Empire romain ; les peuples barbares qui s'installent à l'ouest du Rhin et au sud du Danube ne songent plus à créer un alphabet national, comme les runes germaniques tirées au iiie siècle de notre ère d'un modèle latin ou rhète. Instruits par des adeptes de la culture latine, ils adoptent l'alphabet latin. Ce dernier bénéficie ensuite de l'esprit conquérant et de la primauté intellectuelle des nations de l'Europe occidentale. Les conquistadores et les colons apportent leur écriture à des continents (Amérique, Australie) qui étaient restés analphabètes ou n'avaient que des écritures de type archaïque, condamnées à disparaître dès le premier contact avec les Blancs.
De nos jours, les écritures traditionnelles sont en recul ou sur la défensive devant les progrès de l'alphabet latin, adopté par les linguistes. Ceux-ci utilisent ses lettres – complétées par des signes diacritiques – pour créer de nouvelles écritures, qu'il s'agisse comme en Afrique noire d'élever des parlers indigènes, jusque-là non écrits, au rang de langues officielles, ou, comme en Turquie lors de la réforme d'Atatürk (1928), de faire disparaître une écriture (l'arabe) difficile et peu précise, qui gênait la diffusion de la culture.
L'ex-U.R.S.S. conserve les alphabets cyrilliques, qui servent aux quatre cinquièmes de la population, mais le gouvernement soviétique a utilisé les lettres latines pour des alphabets créés à l'usage des différentes minorités qui ignoraient jusque-là l'écriture. Par contre, la Chine hésite encore à adopter une écriture de type alphabétique, ce qui supposerait une refonte de la langue (faite de monosyllabes que l'on distingue par des tons) et l'abandon de la totalité de la littérature.
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