Pierre Kast disait de Lattuada et de ses films qu'ils étaient inclassables. Il est difficile en effet de mettre une étiquette sur celui qui fut un des adeptes du calligraphisme au début de sa carrière puis participa au mouvement néoréaliste, signa quelques comédies italiennes de référence, s'inspira de textes littéraires, empruntés notamment à la littérature russe, se laissa aller à quelques portraits de nymphes callipyges et traversa ainsi près de cinquante ans d'histoire du cinéma italien, marquant de son empreinte toutes les époques.
Fils du musicien Felice Lattuada, Alberto Lattuada est né à Milan en 1914. Pendant ses études d'architecture, il s'intéresse à la littérature, à la photographie, au cinéma. Il collabore à Corrente, une revue discrètement antifasciste dans laquelle il s'illustre par des textes qui vont à contre-courant de l'idéologie ambiante. Vers la fin des années 1930, il organise des projections de films inédits en Italie (notamment La Grande Illusion de Jean Renoir) et participe avec Mario Ferrari et Luigi Comencini à la création de la Cineteca Italiana de Milan. Ses expériences littéraires le conduisent à collaborer avec des cinéastes raffinés comme Mario Soldati ou Ferdinando Maria Poggioli. Remarqué comme assistant et scénariste imaginatif, il fait ses débuts dans la mise en scène en 1942 avec une œuvre d'inspiration littéraire, Giacomo l'idealista. Le film sort en 1943 et le classe immédiatement parmi les meilleurs représentants du mouvement calligraphique, adepte des recherches formelles. En 1943, le tournage de son deuxième film, La freccia nel fianco, est interrompu par la guerre. Achevé après la libération de Rome, le film ne sort qu'en 1945.
Prenant le virage de l'engagement réaliste, Lattuada participe au mouvement néoréaliste avec des films comme Le Bandit (1946), Sans pitié (1948) ou même Le Moulin du Pô (1949) qui, s'il prend pour cadre l'histoire du xixe siècle, n'en évoque pas moins les drames de l'après-guerre. En 1953, avec le sketch « Les Italiens se retournent » […]
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