Formée à l'école du théâtre et de la radio – où elle interprète des textes de Federico Fellini –, Giulietta Masina fait ses débuts au cinéma en 1948 (si l'on exclut une figuration dans Paisà de Roberto Rossellini) dans Sans pitié d'Alberto Lattuada. Remarquée tout de suite pour la sensibilité de son jeu malgré un physique ingrat qui la cantonne dans des rôles de composition, Giulietta Masina aurait pu n'être qu'une comédienne parmi d'autres, si Fellini n'avait trouvé en elle l'actrice d'exception capable de donner corps à ses élans visionnaires. Dans les années 1950, après Les Feux du music-hall où elle interprète le rôle d'une médiocre actrice dans une compagnie de variétés, il la dirige successivement dans La Strada (1954), Il Bidone (1955), Les Nuits de Cabiria (1957). La pauvre fille de La Strada, l'épouse frustrée d'Il Bidone, la prostituée émerveillée des Nuits de Cabiria expriment une sorte de pureté franciscaine. Gelsomina et Cabiria sont un peu le même personnage, porteur d'espérance et manifestant la volonté d'affronter la vie malgré les tourments et les malheurs. Dans un mouvement du visage et du corps dont la maîtrise et l'économie gestuelle la font parfois comparer à Charlie Chaplin, Giulietta Masina exprime la croyance en l'homme et l'espoir en la divinité selon l'apologue évoqué dans La Strada : même les petits cailloux du sol ont un sens dans la cosmogonie de l'univers. Masina a su donner un visage au mystère qui habite les films de Fellini : capable de rendre sensible à la grâce la plus endurcie des brutes (La Strada), forte au point de surmonter les plus grandes désillusions et de sourire à la vie (Les Nuits de Cabiria), la jeune femme est, dans ces années si riches du cinéma italien, la figure emblématique d'une spiritualité assumée.
Avec les années 1960 (si l'on tient compte aussi du fait que la comédienne a été dirigée pendant les années 1950 par Rossellini, Comencini, Castellani, Eduardo De Filippo) commence une sorte de marginalisation. Masina, peut-êtr […]
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