Premier grand penseur de la théologie mu‘tazilite, disciple indirect de Wāṣil b. ‘Atā', Abū l-Hudhayl al-‘Allāf est né à Baṣra et mort à Sāmarā. S'étant initié à la philosophie, il s'oppose vivement aux « physiciens » matérialistes, la dahriyya, qui soutiennent l'éternité du monde, défendant dans les polémiques les grands principes de l'École. Des doctrines de Platon et d'Aristote sur l'acte, le mouvement et la puissance, il tire l'étrange conséquence qu'une fois réalisés tous les objets du pouvoir divin (ce qui a lieu dans la Vie dernière après la fin du monde), Dieu n'a plus de pouvoir à exercer et qu'il cesse d'être tout-puissant.
L'hérésiographe ‘Abd al-Qāhir al-Baghdādī souligne le rapport qui rattache cette idée à la critique de la dahriyya : « Les physiciens matérialistes disent aux monothéistes : s'il est possible qu'après tout mouvement il se produise un autre mouvement, et cela sans qu'il y en ait jamais un dernier [allusion au nombre infini des mouvements que les élus du Paradis feront dans l'éternité], et qu'après tout événement il y ait un autre événement, et cela sans fin, pourquoi ne serait-il pas vrai de dire qu'il n'existe aucun mouvement qui ne soit précédé d'un autre mouvement, aucun événement qui ne soit précédé d'un événement, et que cela ne part pas d'un état primordial avant lequel il n'y aurait rien ? Abū l-Hudhayl répond que, de même que les événements ont un commencement avant lequel il n'y a pas d'événement, de même ils ont un terme après lequel il n'y a plus d'événement. C'est pourquoi il a professé l'épuisement des possibilités du pouvoir divin. »
Aucun théologien musulman n'a repris cette doctrine. Une autre conséquence en est que, dans l'autre vie, tout est arrêté et déterminé : les hommes n'ont plus d'obligations dont ils aient à répondre ; sinon, il devrait y avoir une troisième vie, où ils seraient récompensés ou punis. Abū l-Hudhayl pense que, sans avoir la vraie foi et la vraie connaissance de Dieu, on peut lui obéir en beaucoup de choses, car, dit-il, « si […]
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