2. Les traditions d'explication de la participation électorale
La participation électorale est porteuse d'une forte charge symbolique et l'abstention inquiète. De nombreux travaux à dominante empirique ont donc cherché des explications à celle-ci. Plusieurs traditions d'analyse peuvent être distinguées.
• La théorie de l'électeur rationnel
Un premier courant interroge le vote du point de vue d'une théorie de l'électeur rationnel. Ses adeptes (Anthony Downs) ont souligné le paradoxe et l'énigme de la participation : la probabilité qu'un vote influe sur les résultats est si faible que les « coûts » de participation (démarches pour l'inscription sur les listes, perte de temps, renoncement à d'autres activités) devraient dissuader les citoyens de se déplacer. Et pourtant, beaucoup de citoyens votent ! Cette vision des « profits » de la participation est trop réductrice et l'analyse ignore certains coûts de l'abstention. Car les incitations à voter résident aussi dans la satisfaction d'avoir soutenu un parti ou un candidat ou de s'être opposé à d'autres, dans le sentiment du devoir accompli, la réactivation des identifications patriotiques, sociales ou politiques, l'estime de soi, les satisfactions retirées de l'association aux émotions et cérémonies collectives, le souci de se conformer aux attentes des proches, les espoirs et les joies partagés avec la famille ou les amis, ou la crainte des réactions négatives des entourages ou des autorités locales.
D'autres auteurs (Ruy A. Teixeira ; Steven J. Rosenstone et John Mark Hansen) ont développé la théorie en ce sens pour analyser la spécificité des États-Unis où les coûts de participation sont plus élevés (conditions d'inscription dans certains États, vote les jours ouvrables) et les bénéfices politiques plus faibles (non représentation des courants minoritaires, absence de compétition dans diverses circonscriptions, portée plus restreinte des élections en raison de la fragmentation d'un système politique fédéral où les pouvoirs sont séparés et se neutralisent). Dans la même veine, ils expliquent la tendance récente à l'abstentionnisme par le déclin, pour l'individu, des bénéfices du vote (du fait de la désaffection politique et de l'affaiblissement des obligations civiques).
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