4. L'évolution contemporaine de l'abstentionnisme
• Un phénomène en progression
De façon générale, l'abstentionnisme est en progression avec quelques rares et fragiles regains temporaires. La tendance est perceptible aux États-Unis dès les années 1960. Elle apparaît dans la plupart des pays européens dans la seconde moitié des années 1980, avec quelques rares exceptions. En France, des records d'abstention ont été battus pour les divers types d'élection au cours des dernières années.
La baisse de la participation électorale est d'autant plus remarquable qu'elle se développe en dépit de diverses transformations sociales produisant des effets inverses : allongement de la scolarité, diminution des emplois peu qualifiés dans l'agriculture et l'industrie, accroissement des effectifs de salariés mieux formés dans les services, augmentation du nombre des emplois diversement liés à l'État, vieillissement de la population ou socialisation des électrices.
L'évolution des taux de participation peut donner l'impression qu'il existe une population d'abstentionnistes réguliers dont les effectifs seraient en augmentation. Les abstentionnistes chroniques sont en fait peu nombreux (François Héran, François Clanché). La plupart de ceux qui sont comptabilisés comme « abstentionnistes » à une élection donnée sont des votants plus ou moins intermittents.
L'abstention intermittente progresse dans toutes les catégories de la population, mais ce sont les catégories traditionnellement les plus abstentionnistes, en particulier certaines fractions des milieux populaires et les nouvelles générations de citoyens qui sont les plus touchées. Les inégalités de participation tendent ainsi à se renforcer à mesure que la participation décroît.
Du fait du recul de la participation, les catégories des abstentionnistes et des non-inscrits sont aussi devenues plus hétérogènes.
Un très petit noyau de citoyens se tient à l'écart des élections par conviction idéologique plus ou moins systématiquement exprimée. Beaucoup […]
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