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YEN

Le Japon a longtemps utilisé des monnaies d'argent chinoises. L'introduction des monnaies d'or et des billets se fait au xvie siècle. Il en résulte un système de paiement complexe et morcelé. Lors de son ouverture au monde moderne, le Japon impérial se dote d'une monnaie unifiée en 1871, le yen, dont la valeur est fixée en référence aux deux métaux. L'argent est ensuite abandonné lorsque le pays passe en 1897 à l'étalon or, plus prestigieux et réputé plus stabilisant. Avec la montée en puissance de l'industrie japonaise, le yen devient une monnaie importante en Asie. De 1917 à 1930, la monnaie flotte avant un bref retour à l'étalon or pendant deux ans. Mais l'instabilité politique et l'expansionnisme agressif du pays le conduisent à abandonner les mécanismes de marché. Le contrôle des changes marque le début du dirigisme dès 1932. Après la Seconde Guerre mondiale, qui le ruine, le Japon parvient au rang de grande puissance économique grâce à sa compétitivité internationale. Mais, aussi bien en régime de change fixe (1949) qu'en change flottant (1973), l'appréciation du yen est telle qu'elle finit par entraver la croissance. L'éclatement en 1990 d'une immense bulle spéculative plonge le pays dans une profonde crise de déflation dont il a encore du mal à définitivement sortir. Affaibli dans la concurrence asiatique, il perd sa position hégémonique en Asie et prend conscience des limites du modèle politico-économique sur lequel reposait son succès.

Un bimétallisme complexe

La première pièce japonaise (wadokaichinouwadokaiho) est frappée par l'État en 708 sur le modèle de la pièce d'argent chinoise de la dynastie des Tang (le kai yuan tong baode 621). Mais la frappe de pièces par l'État est rapidement interrompue et, entre le xiieet le xviie siècle, seules des pièces importées de Chine, ou grossièrement imitées localement, circulent au Japon. De 1573 à 1592, le puissant seigneur Hideyoshi fait circuler de grosses espèces ovales d'or et d'argent (tenshooban), en tirant profit de l'écart entre le coût de fabrication et la valeur libératoire de la monnaie dans les paiements (seigneuriage).

En 1601, l'empereur Tokugawa Ieyasu crée le système monétaire unifié de la période Edo, qui dure deux cent soixante-dix ans. Des espèces d'or et d'argent (keicho) sont frappées. L'unité de compte, le ryo, exprime les prix. Elle est généralement dissociée des unités monétaires circulantes qui ont des caractéristiques très diverses quant à leur origine, leur composition en métal, leur titre, leur poids, etc. Pour les paiements importants et la thésaurisation, des lingots d'or et d'argent libellés en ryo circulent et sont reçus pour des valeurs en unités de compte qui peuvent varier.

Le système monétaire est un régime bimétalliste complexe. À l'Est, autour d'Edo (Tōkyō), le ryo d'or, monnaie de compte, est aussi le moyen de paiement le plus utilisé. À l'ouest, dans la région de Kamigata (Osaka), l'argent, étalon d'une monnaie pesée, est le principal métal en circulation. Les espèces monétaires de cuivre et de fer sont dénommées mon ou ses multiples. Le mon est une monnaie ressemblant au wen chinois dont il est dérivé. Vers la fin de l'ère des Tokugawa, c’est-à-dire de la période Edo, un certain nombre de clans féodaux (han) émettent localement des billets inconvertibles (hansatsu).

À la suite du traité de paix avec les États-Unis (1854), d'importantes quantités de pièces d'argent d'origines diverses, dénommées indifféremment dollars mexicains, affluent dans le pays. Le ryo est défini comme équivalant au dollar mexicain d'argent. Comme le taux auquel l'or s'échange contre l'argent est beaucoup plus bas au Japon qu'à l'étranger, les[...]

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Écrit par

  • : docteure en sciences économiques, professeure des Universités en sciences économiques
  • : professeur de sciences économiques à l'université de Bordeaux-IV-Montesquieu, directeur du Groupe de recherche en analyse et politique économiques, unité mixte du C.N.R.S. 5113

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • DOLLAR

    • Écrit par Dominique LACOUE-LABARTHE
    • 11 247 mots
    • 2 médias
    ...marchés des changes, un certain partage de l'ajustement entre les grands pays formant le groupe des Cinq (États- Unis, Royaume-Uni, R.F.A., France, Japon). Le Japon accepte notamment de favoriser une appréciation ordonnée et substantielle du yen pour diminuer ses excédents commerciaux et ses investissements,...
  • ÉCONOMIE MONDIALE - 2008 : de la crise financière à la crise économique

    • Écrit par Nicolas SAGNES
    • 3 210 mots
    ... s'est fortement dépréciée : 1 livre ne valait pratiquement plus que 1 euro en fin d'année, contre 1,36 euro début janvier. Enfin, le yen s'est fortement apprécié par rapport à toutes les autres monnaies : dans un contexte de montée de l'aversion au risque, certains investisseurs ont...
  • ÉCONOMIE MONDIALE - 2007 : zone de turbulences

    • Écrit par Nicolas SAGNES
    • 3 054 mots
    ...repose sur la vue qu'une dépréciation de la seconde devise contre la première ne viendra pas réduire les gains tirés du différentiel de taux d'intérêt. Cette stratégie s'est avérée très efficace avec le yen, car la Banque du Japon a maintenu ses taux directeurs bas et est intervenue régulièrement sur le...
  • ÉCONOMIE MONDIALE - 1999 : la fin des turbulences ?

    • Écrit par Jacques ADDA
    • 3 444 mots
    • 1 média
    ...dépréciation des taux de change. Mesurée en termes réels, celle-ci approche 30 p. 100 en moyenne vis-à-vis du dollar par rapport aux niveaux de juin 1997. À cela s'ajoute l'effet de la dépréciation du dollar vis-à-vis du yen : de plus de 140 yen à la mi-1998, la devise américaine est revenue à près de 110...
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Voir aussi