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VOIX GRAMMATICALES

L'une des catégories de la conjugaison des verbes, appelée « voix », porte essentiellement sur l'orientation du procès. On ne peut guère que la définir différentiellement, en étudiant, pour une langue donnée, la manière dont les actants du procès se distribuent par rapport à celui-ci. Le degré zéro, ou si l'on veut la forme non marquée, est appelé « voix active » par la tradition, mais le terme ne convient qu'imparfaitement si l'on songe à la multitude des prédicats exprimant un état ou un comportement involontaire (« Il respire », « Il grelotte »), ou encore ce qu'on pourrait appeler un véritable passif lexical (« Il subit une opération », « La neige fond au soleil ») ; inversement, des pronominaux morphologiques sont de vrais actifs (« Il s'en va ») ou de vrais passifs (« Le verre se casse ») si bien que les trois voix généralement retenues pour la description du système verbal, l'actif, le passif et le pronominal, même si on leur ajoute le déponent latin (morphologie passive et sens actif), le moyen grec (morphologie partiellement passive), ne correspondent que grossièrement à la réalité linguistique.

Il semble que ces distinctions ne puissent s'appliquer vraiment qu'à une analyse en morphèmes spécifique des énoncés superficiels, alors que l'opération prédicative elle-même relève d'une organisation sous-jacente entre des termes primitifs, la fonction et ses arguments, ce qui deviendra, une fois advenu le contenu sémantique, le verbe accompagné de ses compléments de divers rangs : f(x0, x1, xn) ; dans la pratique, le prédicat n'est jamais complémenté par plus de deux arguments ; c'est le choix de l'origine du procès qui aboutira à la voix active ou à la voix passive ; si les deux arguments sont identiques, la forme sera pronominale. Cette présentation a plusieurs avantages : elle permet d'introduire la notion de transformation lexicale, qui englobe également les couples dont un terme est un état (mourir/tuer et, plus généralement, tous les couples construits sur l'opposition être/faire que...) ; elle permet en profondeur d'introduire un troisième argument, ce qui expliquerait certaines formes de passif difficiles à analyser autrement (en anglais, John is given a book by Mary, « Jean reçoit un livre de Marie ») ; ce troisième argument sera localisé par rapport au schème primitif, en dehors de la fonction, à laquelle on le rattachera par un lien vague pouvant trouver sa forme dans les différentes lexicalisations de cette extériorité, de sorte que « faire » à cette place pourra se retrouver en série paradigmatique avec « être », « penser » et les verbes de jugement, etc. C'est ainsi que la phrase anglaise citée ci-dessus pourrait s'analyser (en termes non formels) comme : faire que (Marie, (être (Jean, livre))). C'est le jeu des prépositions qui situera correctement, en réalisation de surface, les différents arguments, reliés aux orientations choisies : « Marie donne un livre à Jean » « Jean reçoit de Marie un livre », « Un livre est donné à Jean par Marie » sont des développements équivalents du schéma de base.

— Robert SCTRICK

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Classification

Pour citer cet article

Robert SCTRICK. VOIX GRAMMATICALES [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • LINGUISTIQUE ET PSYCHANALYSE

    • Écrit par Jean-Claude MILNER
    • 7 214 mots
    ...touchant le fantasme de l'enfant battu (« Un enfant est battu »), pour l'analyse de la pulsion scopique (qui repose essentiellement sur la symétrie de langue entre « regarder » et « être regardé » ; cf. « Pulsion et destin des pulsions »). De façon plus générale, on peut noter...

Voir aussi