ALFIERI VITTORIO (1749-1803)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Vittorio Alfieri, dramaturge et poète italien, est né à Asti (Piémont) en 1749 et mort à Florence en 1803.

Vittorio Alfieri

Photographie : Vittorio Alfieri

Vittorio Alfieri (1749-1803). 

Crédits : Thekla Clark/ Corbis/ Getty Images

Afficher

Descendant d'une ancienne famille de la noblesse piémontaise, il abandonne à dix-sept ans la carrière militaire pour courir l'Europe. Paris, La Haye, Vienne, Berlin, Saint-Pétersbourg, Londres, Lisbonne ouvrent son esprit au mouvement des « Lumières », en même temps qu'ils lui découvrent ce qui sera le moteur essentiel de son œuvre : la haine de la « tyrannie » sous toutes ses formes, et le culte de la liberté individuelle. De retour en Italie, Alfieri se voue tout entier à la littérature, se donnant pour tâche d'offrir à l'Italie le théâtre tragique qui lui manque, afin de secouer l'inertie de ses compatriotes en leur rappelant leur passé glorieux. En une dizaine d'années d'une activité littéraire intense, entre 1775 et 1786, il écrit et publie vingt tragédies, qui lui assurent le premier rang dans l'histoire du théâtre tragique en Italie et qui susciteront l'admiration des plus grands écrivains de l'époque préromantique et romantique, de Goethe à Byron.

Un théâtre de terreur et de passion

Toutes ces tragédies, à l'exception de Myrrha, développent un thème identique, analysé dans son traité politique De la tyrannie (1777) : la lutte du héros contre le tyran, l'exaltation des vertus héroïques de l'individu contre toutes les formes d'oppression. Pour servir son propos, Alfieri puise son inspiration dans les domaines les plus variés.

La mythologie grecque lui fournit le sujet de deux diptyques : le premier, qui comprend Polynice et Antigone, développe de façon personnelle le cycle thébain ; le second, avec Agamemnon et Oreste, emprunte au cycle d'Argos le meurtre du Roi des rois et la vengeance d'Oreste.

Une autre source importante de son inspiration se trouve chez les historiens grecs et latins, en particulier Plutarque, qu'Alfieri lisait « avec fureur », parce qu'il y trouvait des préoccupations morales proches des siennes et des héros à sa mesure. On doit à sa lecture des historiens antiques l'ensemble des tragédies de liberté qui poussent à l'extrême l'affrontement du tyran et du héros : dans Virginie, l'héroïne préfère mourir de la main de son père plutôt que d'appartenir au tyran Appius ; Timoléon oppose le tyran Timophane à son frère, le patriote Timoléon ; Agis exalte la figure héroïque du roi de Sparte Agis IV, défenseur des lois de Lycurgue, condamné à mort par le tyran Léonidas ; dans le Premier Brutus, le consul Junius Brutus se voit contraint de faire exécuter ses deux fils, coupables d'avoir trempé dans une conjuration pour le rétablissement des Tarquins ; le Deuxième Brutus reprend à Shakespeare le thème du meurtre de Jules César, mais insiste sur les éléments héroïques et l'affrontement César-Brutus. Il faut rattacher à ce groupe La Conjuration des Pazzi, sujet emprunté à Machiavel, qui raconte le meurtre de Julien de Médicis par des conjurés républicains, menés par Guillaume Pazzi, et le châtiment des coupables par Laurent de Médicis, frère de Julien.

On peut ranger dans un troisième groupe un certain nombre de pièces sur des sujets historiques empruntés à différentes époques, qui, toutes, mettent au premier plan l'étude du tyran et de l'univers de l'oppression : c'est le cas de Philippe, dont le sujet, le meurtre de l'infant Don Carlos par son père Philippe II d'Espagne, a inspiré également Don Carlos de Schiller. Don Garcia, dont le thème est emprunté à Machiavel, reprend le motif domestique de Philippe : ici, c'est Cosme Ier de Médicis qui tue de sa propre main son fils Don Garcia. De même, Octavie et Rosemonde offrent deux portraits de tyrans monstrueux : Néron, amant de Poppée, meurtrier d'Octavie et de Sénèque ; Rosemonde, tyran femelle, meurtrière de sa rivale Romilde, dans une Italie déchirée par les luttes entre les factions adverses du peuple longobard. Sophonisbe, enfin, permet à Alfieri de développer à sa manière, après Corneille, le destin de la fille d'Hasdrubal, prisonnière de Massinissa.

On doit mettre à part quatre pièces, qui n'appartiennent à aucun des groupes précités et dont deux, Saül et Myrrha, sont ordinairement considérées comme les chefs-d'œuvre du théâtre d'Alfieri, les deux autres, Marie Stuart et Mérope, constituant des tentatives originales, sinon parfaitement réussies, pour ouvrir au théâtre alfiérien des directions nouvelles.

Marie Stuart, la seule de ses tragédies qu'Alfieri aurait voulu « ne pas avoir faite », ne traite pas de l'affrontement entre la reine d'Écosse et Élisabeth d'Angleterre, mais illustre un épisode antérieur du destin de Marie Stuart : l'assassinat de Henri Darnley, son second mari. L'originalité du personnage royal est ici de n'être ni héroïne, ni tyran femelle à la façon de Rosemonde. Faible, cruelle sans le savoir, trompée par l'ambassadeur d'Élisabeth, Ormond, et entraînée par son amant Bothwell, à la fois ambitieuse et hésitante, Marie Stuart apparaît comme une ébauche de Saül, le tyran-victime de la pièce de ce nom.

Mérope, en revanche, est une tentative réussie pour élargir le champ du théâtre alfiérien. La pièce, dédiée à la mère du poète, reprend un sujet déjà traité au début du xviiie siècle par Scipione Maffei et plus tard par Voltaire : les souffrances de Mérope auprès du meurtrier de son mari, et son désespoir à la nouvelle fallacieuse que son fils Égisthe, qu'elle croyait avoir sauvé, vient d'être assassiné. Dans cette pièce, qui repose tout entière sur la douleur et les transports de Mérope, Alfieri obtient souvent l'atmosphère de terreur et de passion qui est l'idéal de son théâtre : l'affrontement manichéen du héros et du tyran cède ici la place à une tourmente intérieure qui ne recèle pas moins d'émotion dramatique.

Les mêmes qualités, encore plus affirmées, se retrouvent dans Myrrha, pièce qui, à elle seule, assurerait la survie de son auteur ; pudique et barbare, elle enthousiasmait Byron. Le sujet, emprunté à Ovide, retrace la révélation progressive de l'amour de la jeune Myrrha pour son père Cynire, et son suicide, sous les yeux de Cynire à qui elle vient d'avouer, malgré elle, la vérité. Comme dans Mérope, le véritable conflit de la pièce est intérieur : tout l'intérêt se concentre sur le personnage de Myrrha et sur la façon dont elle prend peu à peu conscience de sa passion. Plus qu'un châtiment divin, la passion incestueuse apparaît ici comme une fatalité qui entraîne inexorablement l'héroïne à sa perte.

Le même thème du châtiment divin se muant en une sorte de fatum intérieur inspire Saül, tiré du Livre des Rois. Par sa complexité et la multiplicité de ses recherches, cette pièce apparaît comme la somme de l'œuvre tragique d'Alfieri. Pour la première fois, celui-ci renonce partiellement au schéma dramatique classique, introduisant en particulier des éléments musicaux dans la tragédie. Le personnage de Saül lui-même n'est pas le tyran ordinaire des pièces [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages

Écrit par :

  • : professeur de langue et littérature italiennes à l'université de Paris-VIII

Classification

Autres références

«  ALFIERI VITTORIO (1749-1803)  » est également traité dans :

ROME, CAPITALE ARTISTIQUE AU XVIIIe SIÈCLE - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Barthélémy JOBERT
  •  • 626 mots

1701 Un décret du pape Clément XI interdit l'exportation des statues, bronzes et gemmes, afin de protéger le patrimoine antique des États pontificaux. Un autre décret, en 1704, protégera les stucs, les mosaïques, les documents et les inscriptions. Cela n'empêchera pas la vente, tout au long du siècle, de collections formées par les grandes familles romaines : Giustiniani (1720), Odescalchi (1724) […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Jacques JOLY, « ALFIERI VITTORIO - (1749-1803) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vittorio-alfieri/