BRIOUSSOV VALERIÏ (1873-1924)

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« Je veux vivre pour que, dans une future histoire de la littérature universelle, deux lignes me soient consacrées, et elles le seront. » L'écrivain russe Valeriï Brioussov a été un rationaliste et un expérimentateur. Il était follement ambitieux, ignorait le sens du mot « égalité », ne savait que commander ou se soumettre, s'entourait de flatteurs et méprisait profondément les hommes. Sa seule passion était la littérature, sorte de Moloch auquel il était prêt à tout sacrifier.

Mais cet être froid et calculateur savait charmer et envoûter. Même de grands poètes, tels que Blok ou Biély, n'ont pu échapper à la fascination intellectuelle qu'il a exercée sur ses contemporains. Une force de volonté peu commune s'alliait chez lui à une intelligence méthodique et particulièrement lucide. Sa sécheresse et son pédantisme ne l'empêchèrent pas d'être, à de rares moments privilégiés, un véritable poète. À côté d'André Biély, il fut le créateur de la science du vers russe. Excellent pédagogue, il fut l'éducateur de toute une génération de jeunes poètes.

Ambitieux de tout savoir

Ce graphomane, ce fanatique des lettres savait lire à trois ans et il avait commencé à rédiger un journal à six ans. La passion d'écrire allait de pair avec celle d'apprendre. Dès son adolescence, à seize ou dix-sept ans, il se livre à une débauche de lecture. Entre juin 1890 et avril 1891, il écrit plus de deux mille vers.

À dix-neuf ans, Brioussov est un homme formé ; c'est une nature fermée, repliée sur elle-même. Il se sait différent des autres, il sent en lui la présence d'éléments qui font les grands hommes : une volonté de fer, une capacité de travail exceptionnelle, une ambition sans limites, une intelligence froide et lucide, un besoin de dominer les êtres et d'infléchir le cours de leur destin, un désir éperdu de gloire : « Dès mon enfance, j'ai su que le but de ma vie était la gloire. Je suis né poète. Oui ! Oui ! J'écris, mais, comme toujours, en écrivant, je pense moins à ce que j'écris qu'à l'admiration générale que suscitera mon œuvre. »

À la fin de 1892 se produit un événement décisif pour l'avenir littéraire de Brioussov : il prend contact avec le symbolisme français. Aussitôt, il voit tout ce qu'il peut tirer de cet « art nouveau », aussi bien sur le plan littéraire que sur le plan personnel. Il introduira cet art en Russie, deviendra le maître incontestable de la nouvelle école poétique. Mais pour être chef d'une école, il faut d'abord qu'elle existe. C'est à la créer que Brioussov s'emploie avec une farouche énergie. Possédé par la seule passion qu'il ait jamais vraiment éprouvée, l'ambition, Brioussov parvient très vite à la célébrité. Il devient le pionnier de la nouvelle littérature russe du xxe siècle, le maître incontesté des jeunes poètes, le « maître du symbolisme ».

En septembre 1897, il y a comme un hiatus dans la vie fiévreuse, survoltée, artificielle de Brioussov. Pour la première et dernière fois de sa vie, il aime vraiment. Le 28 septembre, il épouse une jeune Polonaise, Johanna Matveevna Runt, petite femme douce et effacée qui vivra dans l'ombre du maître et saura comprendre et pardonner ses nombreuses aventures galantes.

En 1899, il obtient ses diplômes universitaires (avec mention très bien). Sa culture est déjà très vaste, il est incontestablement l'un des hommes les plus instruits de son temps. Il connaît bien le français, le latin, le grec ancien, l'allemand, l'anglais et l'italien. Il lit l'espagnol et le suédois, le sanscrit, le polonais, le tchèque, le bulgare, le serbo-croate. Il se passionne pour l'histoire, la philosophie, la littérature universelle. Il a consacré beaucoup de temps à l'étude de Spinoza, de Leibniz, de Kant, de Fichte, de Schopenhauer. Cette soif de connaître est un des aspects les plus nobles de Brioussov.

À la fin de sa vie, même l'amour de la poésie cède la place à un désir frénétique de savoir. Pic de La Mirandole devient l'idéal du poète.

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  • Pierre CITTI
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Dans le chapitre « Réception du symbolisme en Europe »  : […] Vers 1890 en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Autriche, en Hollande, en Italie, deux attitudes partagent presque toujours les lettres : nous n'avons pas besoin du symbolisme des Français ; et nous aussi nous sommes symbolistes. Deux attitudes qui peuvent être simultanées : Gabriele D'Annunzio apparaît comme un jeune poète nouveau (c'est-à-dire marqué de modernité européenne et notamment français […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Sophie LAFFITTE, « BRIOUSSOV VALERIÏ - (1873-1924) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/valerii-brioussov/