U-ROY (1942-2021)

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Le deejay jamaïcain U-Roy (écrit parfois U Roy) est considéré comme l’inventeur du toasting. Cet art de la « tchatche », ancêtre du rap selon certains, consiste à improviser sur la version instrumentale et remixée (version dub) de la face B des 45-tours, principalement de reggae à l’origine. Surnommé Daddy, Godfather ou The Originator, U-Roy s’en défendait, rappelant qu’avant lui d’autres toasters avaient introduit dès les années 1950 ce style du parler-chanter dans le paysage musical jamaïcain des sound systems, ces discothèques itinérantes équipées de puissants systèmes de sonorisation : « Les vrais pères de ce style sont Count Machuki, King Stitt, Lord Comic… Mais, eux, ils n’enregistraient pas. J’ai été le premier deejay à entrer en studio et à sortir un disque » (extrait d’une interview reprise dans Reggae Ambassadors. La Légende du reggae, paru aux éditions La Lune sur le toit en 2016). En réalité, le premier titre gravé sur disque par un deejay fut « Ska-Ing West », enregistré en 1966 par Sir Lord Comic & His Cowboys. Mais U-Roy fut bien le premier à réaliser des tubes et à permettre la diffusion mondiale de ce style dans les années 1970, après avoir signé sur le label jamaïcain Treasure Isle puis sur le label anglais Virgin Records. De nombreux concerts suivront, notamment en Europe.

Né le 21 septembre 1942 à Jones Town, un quartier populaire de Kingston, U-Roy, Ewart Beckford de son vrai nom, est élevé par sa grand-mère. Adolescent, il échappe aussi souvent que possible à la vigilance de celle-ci, pour se rendre dans les sound systems qui exercent une véritable fascination sur lui. Il prend le micro pour la première fois à l’âge de quatorze ans au Doctor Dickie’s, un sound system installé à deux pas de chez lui. À force d’observer les toasters, le jeune homme finit par en faire son métier. Sa carrière démarre au début des années 1960. Il se produit dans plusieurs sound systems renommés, travaillant notamment avec Clement « Coxsone » Dodd (créateur du label Studio One en 1962), puis King Tubby, l’inventeur du dub. Il collabore par la suite avec Lee Perry, Peter Tosh, Bunny Lee et Lloyd Daley. En 1970, alors qu’il a rejoint le producteur Duke Reid (créateur du label Treasure), sa renommée grandit. Une série de ses singles se placent en tête du hit-parade jamaïcain pendant plusieurs semaines d’affilée. Parmi eux, « Wake the Town », « This Station Rules the Nation » et « Wear You To the Ball », une adaptation d’un titre rocksteady interprété à l’origine par le groupe vocal jamaïcain The Paragons, conduit par John Holt, dont U-Roy reprend également « The Tigh Is High » sur son premier album Version Galore (1971). Les deux hommes vont créer l’un des partenariats les plus productifs de reggae, redéfinissant dans le style dancehall de nombreuses versions de rocksteady et de reggae. « Duke Reid restera l’homme qui m’a appris le plus, la période pendant laquelle j’ai vraiment gagné de l’argent, commentera U-Roy. Je sais que je me suis fait un peu rouler mais pas autant que certains autres artistes qui se plaignaient de lui. »

En 1978, U-Roy crée son propre sound system, King Stur Gav. Il s’y produit et parraine quelques artistes émergents tels que Charlie Chaplin, Brigadier Jerry, Ranking Joe ou encore Josey Wales. Dans les années 2000, il répondra à de nombreuses invitations, intervenant notamment sur l’album collectif Big Men, Raï Meets Reggae (2001), réalisé par le producteur français Martin Meissonnier, sur Françafrique (2002) de Tiken Jah Fakoly ou encore True Love (2004) de Toots and the Maytals. En 2007, le gouvernement jamaïcain lui attribue la médaille de l’Ordre du mérite pour sa contribution à la musique. Il meurt le 18 février 2021 à Kingston, laissant derrière lui plus d’une vingtaine d’albums sous son nom, dont le dernier, Talking Roots, paru en 2018 sur le label Ariwa.

U-Roy a ouvert la voie à de nombreux artistes de ragga, de dancehall et influencé les premiers rappeurs américains. D’un naturel bienveillant, il déplorait l’attitude de certains artistes jamaïcains, dont les chansons évoquent parfois les femmes à travers un vocabulaire dégradant ou parlent « d’armes et de choses matérielles ».

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Patrick LABESSE, « U-ROY (1942-2021) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/u-roy/