TRAITÉ SUR LA TOLÉRANCE, VoltaireFiche de lecture

La lutte contre le fanatisme – qu'il appelle aussi enthousiasme – a été une constante du combat mené par Voltaire (1694-1778), au point d'irriter parfois ses amis philosophes et d'attiser plus encore la haine de ses adversaires.

Le Traité sur la Tolérance, qui parut en 1763, est lié à l'affaire Calas, dans laquelle Voltaire joua un grand rôle. Rappelons les faits, que le voltairianisme du xixe siècle a largement occultés au profit de la campagne que mena l'homme de lettres pour la réhabilitation du chevalier de La Barre en 1766. En effet, si l'exécution du chevalier était aussi injuste et criminelle que celle de Jean Calas, elle offrait de plus l'avantage de faire de lui un martyr de la libre-pensée.

Voltaire assis, J.-A. Houdon

Voltaire assis, J.-A. Houdon

photographie

Jean-Antoine HOUDON, Voltaire assis, 1781. Marbre. Hauteur : 1,40 m ; largeur 1,06 m ; profondeur : 80 cm. Comédie-Française, Paris. 

Crédits : Bridgeman Images

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Une affaire publique

En 1761, dans la très catholique Toulouse, on découvre, dans la maison du marchand de tissus Jean Calas, le corps pendu de son fils aîné, Marc Antoine. La famille est de confession protestante. On songe d'abord à un suicide, puis à un meurtre. Et on accuse bientôt les Calas d'avoir tué leur fils sur le point d'abjurer. On inculpe le père, Jean Calas, la mère, et Pierre, le fils cadet, et on enterre en grande pompe le jeune Calas dans un cimetière catholique. Dans cette affaire, les capitouls interviennent avec une particulière malveillance, afin de démontrer la culpabilité des accusés. Après que le parlement de Toulouse a cassé un premier arrêt qui condamnait à mort toute la famille, tout en conservant la procédure de l'instruction, Jean Calas, le 10 mars 1762, est publiquement roué, étranglé puis brûlé sur le bûcher. Son fils est condamné au bannissement à perpétuité, tandis que les autres membres de la famille sont acquittés.

Voltaire persifle d'abord Calas en qui il voit « un saint réformé qui voulait faire comme Abraham ». Mieux informé, il finit par comprendre que l'intolérance est au cœur du procès des Calas. Il rencontre la famille, interroge les témoins, et très vite sa conviction est faite : il proclame l'innocence de Calas. Il poursuit sa campagne. Le jugement du parlement de Toulouse est cassé en 1764, et le cas est rejugé. Jean Calas est réhabilité le 9 mars 1765. Voltaire s'engage encore pour que leurs biens soient restitués aux Calas, et que le parlement de Toulouse fasse amende honorable. Il lance même une souscription pour faire graver une estampe de la famille en prison.

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  • : professeur émérite de l'université de Tours, Institut universitaire de France

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  • Écrit par 
  • Jean Marie GOULEMOT
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Dans le chapitre « Une philosophie »  : […] Assez fréquemment Voltaire a mêlé littérature d'intervention et réflexion philosophique. À cet égard le Traité sur la tolérance à l'occasion de la mort de Jean Calas de 1763 est exemplaire. Il unit l'historique de l'affaire à des exemples de fanatisme tirés de l'Histoire, pour proposer ensuite une réflexion plus politique sur la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/voltaire/#i_36241

Pour citer l’article

Jean Marie GOULEMOT, « TRAITÉ SUR LA TOLÉRANCE, Voltaire - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/traite-sur-la-tolerance/