JIVKOV TODOR (1911-1998)

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Soviétophile convaincu, Todor Jivkov a battu tous les records de longévité dans les démocraties populaires puisqu'il a gouverné la Bulgarie de 1954 à 1989, flattant tour à tour Khrouchtchev, Brejnev, Andropov et Tchernenko. C'est finalement Gorbatchev qui le fera trébucher.

Né le 7 septembre 1911 dans le village de Pravets près de Sofia, il devient ouvrier typographe et entre aux Jeunesses communistes clandestines à l'âge de dix-neuf ans. En 1932, il adhère au Parti communiste bulgare (P.C.B.). Durant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint les partisans qui combattent l'armée royale bulgare, alliée de l'Allemagne nazie. À l'automne de 1944, il est le commandant en chef adjoint pour la région de Sofia. À la libération, il commence son ascension dans le parti, prenant garde de ne pas se compromettre dans les dossiers délicats de l'époque. En 1945, il entre au comité central du P.C.B. comme suppléant et trois ans plus tard, lors du Ve congrès, il devient titulaire, assurant la charge importante de premier secrétaire du parti pour la ville de Sofia ainsi que de secrétaire du comité municipal de la capitale, l'équivalent de maire.

Dimitrov disparu, Jivkov grandit dans l'ombre de Valko Tchervenkov, le nouvel homme fort de la Bulgarie. En 1950, il entre au bureau politique comme suppléant et accède au poste clé de secrétaire du comité central, contrôlant ainsi l'intérieur de l'organisation. L'année suivante, il est membre titulaire du bureau politique.

Avec les débuts de la déstalinisation, les dirigeants des partis communistes au pouvoir ne peuvent plus cumuler leurs fonctions et celle de chef de l'État. En 1954, Valko Tchervenkov choisit donc de céder sa fonction de premier secrétaire du parti à son jeune protégé, Todor Jivkov, pensant que ce dernier ne lui porterait pas ombrage. Mais Jivkov va devenir le grand patron, poussant Tchervenkov, puis son successeur, Yougov, vers des postes honorifiques. Fort de ses contacts étroits avec Moscou, il destitue Yougov en novembre 1962, et prend sa place jusqu'en juillet 1971.

Malgré la libération des prisonniers politiques en U.R.S.S. entre 1953 et 1956, Jivkov dirige toujours son pays d'une main de fer. Le goulag bulgare ne sera fermé qu'en 1962. En juillet 1971, il use d'un subterfuge pour garder sa fonction de chef de l'État : il crée le poste de président du Conseil d'État et se l'attribue. Dirigeant incontesté, il s'entoure de proches, comme sa fille Ludmila qui a la haute main sur la culture. La mort de cette dernière, en 1981, le touchera beaucoup, accentuant sa méfiance envers son entourage.

Solitaire, il analyse mal pour la première fois de sa carrière les changements de pouvoir en U.R.S.S. et l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev. En 1985, seul, il décide de « bulgariser » de force les huit cent mille membres de la minorité turque. La répression est féroce et les relations avec la Turquie se détériorent. C'est toujours seul qu'il décide, en juillet 1989, d'autoriser les Turcs de Bulgarie à émigrer, pensant que quelques centaines d'irréductibles seulement quitteront « le Pays des roses ». En deux mois, trois cent mille personnes se ruent vers la frontière turque, déstabilisant l'économie déjà chancelante du pays. En effet, dans les années 1970-1980, Jivkov et ses proches ont mis le pays en coupe réglée, détournant devises et matières premières précieuses.

Alors que la Bulgarie s'enfonce dans la récession au milieu des années 1980, Jivkov annonce en 1986-1987, qu'il est l'inventeur de la perestroïka : sur le papier, il a timidement injecté une dose d'économie de marché. Dans la réalité, les sociétés d'État doivent se débrouiller pour s'autofinancer, ce qui accentue la crise. Moscou décide alors de se débarrasser du vieux dictateur. Le 10 novembre 1989, le lendemain de la chute du Mur de Berlin, Jivkov est poussé à la démission par son propre bureau politique. Cette révolution de palais menée par ses ministres des Affaires étrangères et de la Défense était téléguidée par l'ambassade soviétique à Sofia. Après l'arrivée des démocrates au pouvoir, Jivkov est jugé en février 1991 pour des délits mineurs et condamné, en septembre 1992, à sept ans de prison, qu'il n'effectue pas pour « raison de santé ». Assigné à résidence chez sa petite-fille dans la banlieue de Sofia, il [...]

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  • : docteur en histoire du xxe siècle de l'Institut d'études politiques, Paris, journaliste, membre du comité de rédaction de la revue Confluences Méditerranée

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Pour citer l’article

Christophe CHICLET, « JIVKOV TODOR - (1911-1998) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/todor-jivkov/