KHRENNIKOV TIKHON (1913-2007)

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L'histoire n'aurait peut-être pas retenu le nom de ce compositeur s'il n'avait joué un rôle déterminant dans l'application de la politique stalinienne en matière culturelle.

Tikhon Nikolaïevitch Khrennikov voit le jour à Elets, en Russie centrale (oblats de Lipetsk), le 10 juin (28 mai, ancien style) 1913, dans une famille modeste où tout le monde joue de la guitare russe ou de la mandoline et chante des chansons paysannes. Il commence à étudier le piano avant de partir pour Moscou en 1929, où Mikhail Gnessine l'accepte comme élève au sein du Technicum musical qu'il vient de fonder. Khrennikov travaille le piano avec Ephraïm Hellman et l'écriture avec Genrik Litinski. Il entre ensuite au Conservatoire de Moscou en 1932, où il étudie le piano avec Heinrich Neuhaus et la composition avec Vissarion Chebaline. En 1933, il joue en soliste à Moscou sa première œuvre importante, un concerto pour piano. Diplômé du Conservatoire de Moscou en 1936, Khrennikov poursuit ses études avec Chebaline. Il se fait remarquer avec une musique de scène pour la pièce de Shakespeare Beaucoup de bruit pour rien (1936), représentée au théâtre Vakhtangov. Son premier opéra, Les Frères, rebaptisé plus tard Dans la tempête (1939), est tiré d'un roman de Nikolaï Virta, Solitude, que Staline appréciait particulièrement. Khrennikov est attaché au corps musical de l'Armée rouge, qu'il suit pendant les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale.

La carrière politique de Khrennikov se développe à partir de 1947, lorsqu'il entre au parti communiste et devient député du Soviet suprême. Un an plus tard, Staline le nomme secrétaire général de l'Union des compositeurs soviétiques ; en 1949, il devient président de la section musique pansoviétique pour les échanges culturels avec l'Europe et les États-Unis. Figure marquante du pouvoir en matière artistique, il applique avec rigueur les décisions du parti, notamment la ligne du réalisme socialiste définie par Andreï Jdanov. C'est lui qui est aux commandes lorsque Chebaline – son propre maître –, Khatchaturian, Prokofiev, Chostakovitch ou Rostropovitch seront victimes de diktats arbitraires qui feront date. Il remet « dans le droit chemin » les compositeurs accusés de « formalisme et de décadence populaire », considérés comme trop novateurs ou trop éloignés des valeurs artistiques de la culture russe. En 1974, c'est Alfred Schnittke qui est la cible de ses foudres, bien qu'il l'ait aidé à se faire jouer à ses débuts. En 1979, il s'en prend à Elena Firsova, Dmitri Smirnov, Alexandre Knaïfel, Viktor Sousline, Viatcheslav Artiomov, Sofia Goubaïdoulina, Valentin Silvestrov et Edison Denisov, compositeurs trop novateurs pour la tendance officielle et qu'il accuse d'avoir laissé jouer leurs œuvres hors d'U.R.S.S. Tous les festivals internationaux qui se déroulent en Union soviétique relèvent de son autorité, comme le fameux concours Tchaïkovski.

Habile politicien, Khrennikov traversera sans perdre ses fonctions les différents changements de pouvoir jusqu'à la chute de l'Union soviétique. En 1961, il commence à enseigner au Conservatoire de Moscou, où il devient professeur en 1966. Héros du travail socialiste en 1973, il reçoit le prix Lénine en 1974. Malgré cette activité politique et administrative intense, il continue de composer, dans un style qui illustre la ligne dont il est le défenseur : mélodie fluide, lyrisme vibrant, référence à la musique populaire, orchestration brillante et colorée. Le programme de sa Deuxième Symphonie constitue une véritable déclaration d'intention : « La volonté irrésistible de vaincre l'ennemi fasciste ». Parmi la dizaine d'ouvrages lyriques qu'il a composés, il faut retenir son opéra d'après le roman de Gorki La Mère (Bolchoï, 1957). Ses divers concertos, brillants et qui mettent en valeur les solistes, ont bénéficié de la notoriété de ses interprètes : Leonid Kogan pour les deux concertos pour violon (1959 et 1975), Mstislav Rostropovitch (avant que celui-ci ne prenne fait et cause pour Soljenitsyne et soit mis au ban de la société musicale soviétique) pour le Premier concerto pour violoncelle (1964). Khrennikov a été l'interprète de ses trois concertos pour piano (composés en 1933, 1970 et 1982) et ses quatre symphonies ont été jouées régulièrement. Khrennikov meurt à Moscou le 14 août 2007.

Sensible aux sirènes du pouvoir, Khrennikov savait manier la carotte et le bâton avec habileté. Ses défenseurs ont souvent prétendu que si un autre avait occupé les mêmes fonctions, la situation aurait pu être pire pour les compositeurs soviétiques. Certes, aucun n'a fini au goulag. Mais, pour ne citer qu'un seul exemple, Schnittke s'est vu refuser dix-neuf fois consécutives l'autorisation de sortie d'U.R.S.S. Chostakovitch, qui était devenu son ennemi mortel depuis que celui-ci lui avait fait quelques remarques sur sa musique, a écrit à son sujet un pamphlet en forme de cantate, Rayok, resté secret au-delà de la mort de son auteur, puisque l’œuvre ne fut jouée en public qu'en 1989. Autant d'éléments révélateurs d'un climat de terreur peu propice à la création artistique.

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  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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CHOSTAKOVITCH DMITRI (1906-1975)

  • Écrit par 
  • André LISCHKE
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Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « KHRENNIKOV TIKHON - (1913-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tikhon-khrennikov/