GOUBAÏDOULINA SOFIA (1931- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Compositeur russe, née le 24 octobre 1931 à Chistopol (République socialiste soviétique autonome de Tatarie, aujourd'hui Tatarstan), Sofia Asgatovna Goubaïdoulina passe son enfance à Kazan, où elle commence l'étude du piano à l'âge de cinq ans. Ses dons précoces (elle compose sa première œuvre à l'âge de douze ans) incitent ses parents à la faire entrer au Conservatoire de Kazan en 1949. Cinq ans plus tard, elle est admise au Conservatoire de Moscou, où elle a pour professeurs Nikolaï Peiko et Vissarion Chebaline. En 1963, elle y obtient son diplôme de fin d'études, bien que le jury ait jugé qu'elle s'engageait dans un « chemin d'erreur ». Goubaïdoulina dira à ce propos combien les paroles de Chostakovitch (un des membres du jury) eurent par la suite de résonance dans ses démêlés avec la doctrine officielle : « Je veux que vous progressiez le long de votre chemin d'erreur. »

De cette époque date l'obtention du premier prix de composition pansoviétique ; il couronnait Allegro Rustico, pour flûte et piano (1963). Cette œuvre va être éditée, ainsi qu'une Chaconne, pour piano (1962), et une Sonate, pour piano (1965). Commence alors pour ce créateur une longue nuit de silence dans son pays natal.

Deux exemples parmi d'autres. Sa cantate pour alto, chœur d'hommes et orchestre Nuit à Memphis (1968), donnée en première audition par la Radio de Prague en 1970, ne sera jouée que vingt et un ans après en U.R.S.S. ! Son Premier Quatuor à cordes, composé en 1971, ne sera exécuté que huit ans plus tard, lors du festival de musique soviétique de Cologne.

Durant ces années, et jusqu'à la reconnaissance internationale, acquise alors qu'elle abordait la soixantaine, Goubaïdoulina va donc vivre difficilement. Jamais programmée (sauf en Europe occidentale), non éditée, elle n'en persiste pas moins en composant, solitaire, des œuvres qui ne peuvent qu'irriter les tenants de la musique officielle soviétique d'alors. Ainsi en est-il de Stufen, pour grand orchestre (1972), dont les sept mouvements correspondent chacun à une sonorité allant de la plus âpre jusqu'à la plus douce (celle du souffle d'une flûte en bois), la septième partie de l'œuvre étant consacrée à la voix humaine (les musiciens psalmodient à voix basse un texte de Rilke).

Mêmes causes, mêmes effets pour L'Heure de l'âme, pour orchestre à vent et voix (1974), sur un texte de la poétesse – fort peu en « odeur de sainteté » vis-à-vis du pouvoir soviétique – Marina Tsvetaïeva, pour son Concerto pour deux orchestres (1976), qui associe un orchestre classique à une formation de jazz et trois voix de sopranos chantant un poème d'Afanassi Fet-Chenchine (caractérisé, lui aussi, par des préoccupations antinomiques avec celles, sociales, du régime).

Autre particularité de la production de Sofia Goubaïdoulina : sa propension à reprendre des œuvres antérieures, à y ajouter des éléments ou des mouvements, et même à les remanier totalement pour une autre formation. Ainsi Stufen inclut-elle, dans sa version datée de 1992, un nouveau texte de Rilke confié, cette fois, au chef d'orchestre. Ainsi L'Heure de l'âme connut-elle une première et radicale révision (avant de retrouver quelque peu ses origines) en se voyant transformer (sous le nouveau titre de Percussio di Pekarsky) en un concerto pour percussions, orchestre et mezzo. Ainsi encore le Concerto pour deux orchestres, qui se voit ajouter un mouvement lent (intitulé « Adagio ») en 1980, ou l'Hommage à T. S. Eliot, pour octuor et soprano (1987), envisagé en tant qu'élément d'une œuvre plus ambitieuse (qui devrait inclure, in fine, quatre quatuors à cordes rehaussés d'une participation chorale).

Esthétiquement parlant, une réflexion fondamentale irrigue sa musique depuis sa pièce électronique Vivente - Non Vivente (1970) : la confrontation des contraires, l'antithèse comme pensée fondatrice de l'écriture. Telle est la direction sous-jacente du discours compositionnel de Concordanza, pour ensemble (1971), de Toccata - Troncata, pour piano (1971), de Rumeur et Silence, pour percussion, clavecin et célesta (1974), des Dix Préludes, pour violoncelle solo (1974), de Lumière et Obscurité, pour orgue (1976), de Lignes, zigzags, points (1976), pour clarinette basse et piano, de son Quatuor pour quatre flûtes (1977), d'Offertorium, concerto pour violon et orchestre (1980) qui, grâce à Gidon Kremer, va la rendre célèbre, de Pair et impair, pour voix et saxophone (1984), de Stimmen...Verstummen (« Des voix...se taire »), pour orchestre (1986), de Pro et Contra, pour orchestre (1989), Gerade und ungerade (« Pair et impair »), pour sept percussionnistes (1991), etc.

Techniquement parlant, la rigueur formelle et l'approche des timbres (d'un très grand raffinement et, le plus souvent, prenant valeur structurelle) sont intimement mêlées dans ses œuvres à une expressivité qui ne se départ jamais d'une sensibilité profondément slave et d'une intense spiritualité.

Rythmicienne subtile, harmoniste sensible, Goubaïdoulina n'en use pas moins (dans ses structures tant rythmiques que mélodiques ou harmoniques) de la série de Fibonacci (suite de nombres qui sont l'équivalent du nombre d'or : 1 + 2 = 3 ; 2 + 3 = 5 ; 3 + 5 = 8 ; 5 + 8 = 13, etc.). Des nombres où le compositeur perçoit « les hiéroglyphes de nos liens avec un rythme cosmique » et à l'emploi desquels se rattachent L'Heure de l'âme, Perception (1983), In principio era el ritmo et Quasi Hoquetus, toutes deux de 1980, Stimmen...Verstummen (1986), le Quatuor à cordes no 2 (1987), Alleluja (1990)...

À partir de 1990, Sofia Goubaïdoulina accumule les commandes, voit ses œuvres enregistrées et programmées dans tous les festivals (en 1991, Settembre Musica à Turin lui fut consacré). Parmi les productions qui suivent, citons Aus dem Stundenbuch, pour violoncelle, orchestre, chœur d’hommes et récitante, d’après le recueil de poèmes de Rainer Maria Rilke (1991), Silenzio, pour bayan, violon et violoncelle (1991), Jetzt immer Schnee (1993), Méditation pour clavecin et quintette à cordes (1993), le Quatrième Quatuor à cordes (commande du Kronos Quartet américain, 1994), le Concerto pour alto (1996), Risonanza (2001), Passion et résurrection du Christ selon saint Jean, oratorio pour soprano, ténor, baryton, basse, deux chœurs mixtes, orgue et grand orchestre (2001-2002), Im Zeichen des Skorpions, variations sur six hexacordes pour bayan et grand orchestre (2003), In Tempus praesens, concerto pour violon (2007), Labyrinth, pour douze violoncelles (2011).

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages


Écrit par :

  • : compositeur, critique, musicologue, producteur de radio

Classification

Autres références

«  GOUBAÏDOULINA SOFIA (1931- )  » est également traité dans :

IMPROVISATION MUSICALE

  • Écrit par 
  • André-Pierre BOESWILLWALD, 
  • Alain FÉRON, 
  • Pierre-Paul LACAS
  •  • 5 113 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Improvisation et aléa »  : […] Dans les années cinquante, en Amérique, Earle Brown, Morton Feldman, John Cage brisent le concept d'œuvre envisagée comme objet d'art « fini », déterminée par le contrôle « absolu » du compositeur sur l'écriture. L'indétermination va contaminer jusqu'à l'acte même de création. Ainsi, la responsabilité face au résultat sonore, face à la partition écrite se voit remise en question et, avec elle, la […] Lire la suite

Pour citer l’article

Alain FÉRON, « GOUBAÏDOULINA SOFIA (1931- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sofia-goubaidoulina/