CROMWELL THOMAS (1485 env.-1540)

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L'un des plus grands hommes d'État anglais du xvie siècle, doué de qualités qui ont peut-être fait de lui « le plus remarquable révolutionnaire de l'histoire d'Angleterre » (G. R. Elton), Thomas Cromwell a joué un rôle primordial dans les grandes réformes et dans la politique de Henri VIII. Ses origines sont obscures et son destin d'abord incertain : né à Putney dans une famille de forgerons, soldat de fortune en Italie, où il apprend sans doute à mépriser la papauté, plus tard marchand à Anvers, plaque tournante du commerce européen, rentré en Angleterre en 1512 et à la fois homme de loi, courtier et prêteur d'argent, il trouve véritablement sa voie à partir de 1520. Il entre alors au service du cardinal Thomas Wolsey, chancelier du royaume et le plus écouté des conseillers de Henri, jusqu'à sa chute en 1529 : il administre la fortune de son maître, mais l'assiste aussi dans ses mesures religieuses, par exemple la dissolution de petits monastères pour créer des collèges à Oxford et Ipswich. Il se taille une réputation de grande compétence, et aussi de dévouement et de fidélité : c'est ainsi qu'en 1529 il refuse d'abandonner Wolsey et lui donne des conseils pour se ménager l'appui d'amis influents en se servant des revenus de ses bénéfices ; par là même, Cromwell s'acquiert l'estime de ces puissants personnages. Élu aux Communes en 1529, il s'y fait remarquer par la vigueur de ses discours anticléricaux et attire sur lui l'attention du roi. D'où une ascension extrêmement rapide : appelé au Conseil à la fin de 1530, doté de plusieurs offices encore secondaires en 1532, chancelier de l'Échiquier en 1533, principal secrétaire l'année suivante, lord du Sceau privé en 1536. Investi de la confiance royale, il fait figure de véritable Premier ministre et paraît accéder au faîte des honneurs en 1540, lorsqu'il est créé comte d'Essex. Arrêté en juin de la même année, il est exécuté en juillet après que le Parlement eut voté contre lui un bill d'attainder qui lui interdisait de se défendre. Cette carrière et cette chute également retentissantes sont liées à une débordante activité au service de la puissance monarchique, au soutien longtemps résolu d'un roi reconnaissant et à une ingratitude royale en fin de compte fatale. Thomas Cromwell est surtout connu comme le grand artisan de la réforme religieuse henricienne ; il est considéré comme un héros du protestantisme par John Foxe dans les années 1560. On lui doit d'avoir soumis à Henri VIII l'idée nouvelle qui devait permettre au roi d'obtenir son divorce d'avec Catherine d'Aragon en dépit de l'opposition obstinée de Rome : séparer l'Église d'Angleterre du monde catholique romain en proclamant la « suprématie » du roi. Celui-ci contraint les assemblées du clergé et le Parlement à se rallier à l'idée et, devenu « chef » de l'Église, fait de son conseiller un « vicaire général » habilité à assumer les principales de ses nouvelles responsabilités religieuses. Cromwell persuade facilement Henri VIII de confisquer les biens des petits monastères (1536) et, après l'échec de la rébellion catholique du pèlerinage de la Grâce contre les « mauvais conseillers du roi », de passer à la confiscation générale des biens monastiques (1539) : le Trésor y trouve son compte, mais aussi l'Église, à la discipline restaurée, dotée de nouveaux diocèses et bénéfices, et les universités, plus richement dotées. Bien qu'inclinant, à l'instar de Cranmer, à des changements profonds de la doctrine et de la liturgie, Cromwell a été trop fin politique pour avancer très rapidement : en 1536, ses « injonctions » au clergé prétendent imposer à celui-ci l'application de dix Articles qui n'insistent que sur les trois grands sacrements de l'eucharistie, de la pénitence et du baptême et dénient toute efficacité au culte des saints ; on ordonne aussi qu'une bible soit mise à la disposition des fidèles dans chaque paroisse. En 1538, de nouvelles injonctions attaquent le culte des images et les pèlerinages, ordonnent la lecture de la Bible et, de façon plus durable, instaurent la tenue de registres paroissiaux par les curés. Les craintes des esprits traditionalistes et du roi lui-même contraignent Thomas Cromwell à une prudente retraite avec la promulgation, en 1539, des Six Articles, qui reprennent l'essentiel des dogmes catholiques.

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  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Roland MARX, « CROMWELL THOMAS (1485 env.-1540) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-cromwell/