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SUNNISME

Caractéristiques

« Le sunnisme, écrit Laoust, peut d'abord se définir par voie négative, comme le rejet des sectes que nous avons vu intervenir dans l'histoire du califat : chiites, khârijites, qadarîya, jahmîya et mu‘tazila [...]. Positivement, le sunnisme, c'est, après l'acceptation du Coran, parole de Dieu, l'imitation du Prophète et l'acceptation de sa Sunna, de la voie qu'il a tracée [...]. À l'acceptation du Coran et de la Sunna, le sunnisme ajoute celle de l' ijmā‘, du consensus communautaire, dont les définitions ont souvent varié d'un auteur à l'autre et dont on voit mal, au demeurant, s'il constitue une construction conceptuelle, ou une réalité historique... » On insistera ici sur l'acceptation du Coran et sur celle de la sunna.

L'acceptation du Coran

Le Coran est la Parole éternelle et incréée de Dieu. Il est présenté par Dieu lui-même, comme une révélation « en arabe clair ». En réalité, le texte coranique pose bien des problèmes de compréhension. Les docteurs distinguent les versets clairs (muḥkama) et les versets ambigus (mutashābiha). De ces derniers, disent les sunnites, Dieu seul connaît la signification et il ne faut pas chercher à leur trouver un sens. D'une manière générale, l'esprit sunnite respecte le mystère de la science infinie de Dieu ; il ne tente pas de la pénétrer et se contente de savoir ce que Dieu a voulu faire connaître clairement aux hommes. Pour cela, le commentaire admis, le tafsīr, est de deux sortes : le commentaire philologique, dont le but est l'exacte compréhension du texte, et qui s'appuie sur les ressources de la grammaire arabe et de la lexicographie ; le commentaire fondé sur le ḥadīth, la tradition remontant à l'Envoyé, à ses Compagnons ou aux « suivants » de ses Compagnons (on va jusqu'aux « suivants des suivants »). Le commentaire allégorique, ou plus exactement l'herméneutique symbolique (ta‘wīl), est chose proscrite. Tout au plus tiendra-t-on compte des figures de style comme la métaphore (madjāz) : la rhétorique (balāgha) est utilisée, quoique avec prudence, à côté de la grammaire. Les écoles littéralistes (ḥanbalisme et surtout ẓāhirisme) représentent cette forme d'esprit à l'état pur. Néanmoins le sunnisme admet aussi qu'il existe, sous le sens manifeste ( ẓāhir), un sens caché ( bāṭin). Mais ou bien Dieu seul le connaît, ou bien il est conçu comme la simple intériorisation dans le cœur humain de la compréhension littérale de la Parole divine. Il ne constitue jamais une science ésotérique ; et il répond au ẓāhir, comme la foi vive (īmān) correspond aux actes extérieurs d'obéissance qui définissent l'islām (au sens propre). D'une façon générale, le sunnisme se défie de la raison humaine dès qu'elle se propose de s'émanciper de la tutelle des textes révélés ou prophétiques. Si le Coran fait souvent appel à elle, il fournit en même temps la règle de l'usage qu'on doit en faire. Le constant recours au Livre ainsi traité est une garantie, la seule, de l'unité ; un secours assuré contre les divergences (ikhtilāfāt) qu'engendrent les passions humaines. Dieu a mis en garde contre le mal des divergences (par exemple, sourate ii, 176). Ce fut un constant souci des sunnites de les éviter ou de les réduire. « Les gens de la sunna ont le devoir d'éviter et de tenir à l'écart [...] tous ceux qui cherchent à semer la division dans la communauté », écrit le ḥanbalite Ibn Baṭṭa (mort en 997). On trouverait chez tous les auteurs, jusqu'au commentaire moderne du Manār, des appels répétés à combattre l'ikhtilāf, qui finit par apparaître comme le mal radical.

L'acceptation de la sunna

Quant à la sunna (le mot arabe, qui signifie « règle de conduite[...]

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Écrit par

  • : membre de l'Institut, professeur émérite à l'université de Paris-IV-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • AFGHANISTAN

    • Écrit par Daniel BALLAND, Gilles DORRONSORO, Universalis, Mir Mohammad Sediq FARHANG, Pierre GENTELLE, Sayed Qassem RESHTIA, Olivier ROY, Francine TISSOT
    • 37 316 mots
    • 19 médias
    Les appartenances religieuses ne coïncident qu'imparfaitement avec les clivages ethniques.Si la population est sunnite à 80 %, ce qui constitue une différence fondamentale avec l'Iran voisin, il existe une importante minorité de chiites duodécimains (Hazaras, Tadjiks de l'ouest) ou ismaéliens (Tadjiks...
  • ‘ALĪ IBN ABĪ ṬĀLIB (600 env.-661)

    • Écrit par Georges BOHAS
    • 664 mots

    Cousin de Muḥammad, et l'un des premiers convertis à l'islam. En 623 (ou 624), ‘Alī épouse Fāṭima, fille du Prophète et de sa première épouse, Khadīdja. À la mort du Prophète, en 632, il ne lui succède pas à la tête de la communauté : ce n'est qu'en 656 qu'il sera élu calife. La légende et...

  • ASH‘ARĪ ABŪ L-ḤASAN ‘ALĪ BEN ISMĀ‘ĪL AL- (874 env.-935)

    • Écrit par Roger ARNALDEZ
    • 557 mots

    Fondateur de l'école de théologie musulmane à laquelle se sont ralliés la majorité des sunnites. Né à Baṣra, mort à Baghdād, al-Ash‘arī, d'abord disciple d'al-Djubbā'ī, quitte le mu‘tazilisme vers 912, à la suite de trois visions qu'il aurait eues du Prophète. Il aurait compris qu'il lui était...

  • ASH‘ARISME

    • Écrit par Louis GARDET
    • 865 mots

    L'ash‘arisme est l'école dont l'influence fut prépondérante pendant des siècles (xe-xixe s.) en ‘ilm al-kalām, c'est-à-dire dans la théologie, ou, mieux peut-être, dans l'« apologie défensive » de l'islam sunnite. Elle fut fondée par Abū l-Ḥasan al-Ash‘arī (260-324 de...

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Voir aussi