FREARS STEPHEN (1941- )

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La période américaine

Son souci de maîtrise apparaît plus nettement dès que le cinéaste s'expatrie aux États-Unis. Les Liaisons dangereuses (1988) ouvre brillamment cette période. Avec l'adaptation du roman de Choderlos de Laclos, Frears confère au film en costumes une férocité qui n'est pas seulement celle de la marquise de Merteuil, mais d'une mise en scène qui déploie sa somptuosité visuelle à travers un découpage rigoureux et tranchant. Adapté d'un roman de Jim Thompson, Les Arnaqueurs (1990) reprend un semblable exercice d'épure en l'adaptant cette fois au film noir, genre où Frears s'était illustré dès son premier film (Gumshoe, 1971). De même, le violent The Hit (1984) est une variation sur le genre du road-movie policier. De façon plus audacieuse, Mary Reilly (1996) donne littéralement en spectacle la liberté artistique que Frears rêve d'arracher aux studios américains. Dans cette variation sur Docteur Jekyll and Mister Hyde, conçue pour mettre en vedette Julia Roberts (interprète du personnage titre, la femme de chambre de Jekyll), Frears tire le meilleur d'un décor mental dont l'abstraction déjoue le réalisme de la reconstitution du Londres de la fin du xixe siècle. L'étrangeté de la démarche, quelque peu dénaturée par les modifications imposées à Frears, a fait de Mary Reilly une sorte de film maudit. The Hi-Lo Country n'en est qu'une plus grande déception : peut-être las de son bras-de-fer avec les studios, Stephen Fears s'y met au service de l'imagerie du Far West, et livre un travail de « professionnel » sans état d'âme.

High Fidelity (1999) est une comédie sentimentale plus expressive, mais ce portrait d'un marchand de disques qui établit la liste de ses conquêtes féminines (comme ses clients font leur « hit parade ») manque d'un véritable enjeu.

De nouveau de retour dans son pays, le réalisateur retrouve, comme à ses débuts, le cadre modeste d'une production pour la télévision avec Liam (2000), chronique de la vie d'une famille d'ouvriers dans le Liverpool des années 1930. La fadeur esthétique de cette reconstitution n'empêche pas la réussite du portrait du petit Liam, un enfant de sept ans traumatisé par une éducation religieuse présentée comme un véritable lavage de cerveau. Avec ce film, la carrière de Frears ne prend pas, pour autant, un nouveau départ : le fait même d'alterner films américains et anglais semble devenu pour lui une source d'inconstance, voire d'inconsistance. Le cinéaste retrouve cependant le succès avec The Queen (2006), chronique ironique des jours qui suivirent la mort tragique de la princesse Diana, puis avec Tamara Drewe (2010), adaptation d’une bande dessinée de Posy Simmonds, et Philomena (2013).

L'explication de l'inconstance de Stephen Frears est sans doute donnée par Typically British (1995), un documentaire sur le cinéma anglais que Frears réalisa à l'occasion du centenaire du cinéma. Refusant tout discours historien, le cinéaste traite son sujet de manière volontairement arbitraire. Il ignore ainsi le Free Cinema, qui pourtant l'influença beaucoup avec des films comme Saturday Night, Sunday Morning de Karel Reisz, cinéaste dont il fut l'assistant. Du cinéma anglais, il veut surtout retenir qu'il est une réunion de metteurs en scène excentriques qui n'ont jamais formé un mouvement d'ensemble et ne se considèrent pas comme des artistes. Un cinéaste dont le parcours est solitaire, refusant d'être considéré comme un artiste : ce pourrait être là l'exact portrait de Stephen Frears.

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Pour citer l’article

Frédéric STRAUSS, « FREARS STEPHEN (1941- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/stephen-frears/