SLEEPY HOLLOW (T. Burton)

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Des gouttes de cire rouge sang scellent un testament secret... Une diligence fend la nuit, conduite par un cocher dont la tête vient d'être tranchée... Les premières scènes de Sleepy Hollow (1999) semblent sorties d'un musée de l'imagerie fantastique envahi par la poussière. Pourtant elles impressionnent, soutenues qu'elles sont par une croyance qui fonde tout le projet artistique du metteur en scène Tim Burton : qu'elle soit sombre ou enchanteresse, la féerie du cinéma appartient au passé, mais elle ne vieillira jamais, car le passé c'est l'enfance, et l'enfance est éternelle. Tous les personnages des films de Tim Burton, qui est né en 1959, se rattachent d'ailleurs aux rêveries de sa propre enfance : un superhéros apparu dès les années 1940 (le mélancolique Batman, 1989), une créature à la fois monstrueuse et douce qui bouleverse une petite ville américaine des années 1960 (Edward aux mains d'argent, 1990), ou encore un cinéaste qui réalisait des films d'horreur de série Z dans les années 1950 (Ed Wood, 1994). De tous ses motifs de fascination personnels, Tim Burton a fait les inspirateurs d'un cinéma qui a gardé de l'enfance, non la naïveté ou la joliesse, mais la puissance d'imagination, et une faculté d'émerveillement qui se rattache étroitement à la suspension of disbelief (l'interruption de l'incrédulité), où Coleridge voyait le principe de toute fiction.

Les succès retentissants obtenus par le cinéaste montrèrent, d'un point de vue plus terre à terre mais essentiel pour sa liberté au sein des studios hollywoodiens, à quel point il savait faire partager son goût pour certaines formes du passé. Cette belle histoire avec le grand public tourna cependant au divorce avec Ed Wood, puis avec Mars Attacks ! (1997), parodie de la science-fiction des années 1950 et de ses Martiens envahisseurs et sanguinaires. C'est donc remis en question, et sommé de refaire ses preuves commercialement, que Tim Burton a choisi de tourner Sleepy Hollow, dont le scénario est dû à Andrew Kevin Walker, l'auteur du thriller coup-de-poing Seven, réalisé par David Fincher (1995).

L'imagerie fantastique familière, qui ouvre Sleepy Hollow et s'y déploie (même la vieille sorcière des contes y est présente), est ainsi renouvelée par le style de Tim Burton, mais aussi par une efficacité à laquelle le cinéaste n'avait jamais autant veillé. Elle gouverne d'abord les partis pris d'adaptation de la nouvelle de Washington Irving dont s'inspire le film, The Legend of Sleepy Hollow (1820), un des textes fondateurs de la littérature américaine. L'action en est située dans une communauté de colons hollandais du Nouveau Monde, où Ichabod Crane, le maître d'école venu de la ville, courtise Katrina van Tassel, la fille du fermier le plus riche du pays. Mais Brom, un autre soupirant de Katrina, se joue d'Ichabod Crane en lui racontant une légende dont le héros est un cavalier sans tête, puis en se faisant passer pour ce personnage imaginaire, ce qui terrorise Ichabod et le fait fuir. Dans le film de Tim Burton, le Cavalier sans tête n'est plus du tout un fantoche dont on agite la menace : c'est un homme qui ne peut pas mourir, un décapité qui décapite à leur tour les habitants du petit village de Sleepy Hollow. Ses apparitions donnent lieu aux scènes les plus spectaculaires, et le tranchant de son épée est d'une redoutable efficacité. Quant à Ichabod Crane (interprété par Johnny Depp, acteur fétiche de Tim Burton), il est devenu un policier new-yorkais venu enquêter sur les meurtres mystérieux de Sleepy Hollow, où Katrina van Tassel (Christina Ricci) n'est plus longtemps courtisée par Brom, massacré à son tour par le Cavalier sans tête.

Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête, T. Burton.

Photographie : Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête, T. Burton.

Manoirs, souterrains, villes tentaculaires ou encore, comme ici, forêt maudite : Tim Burton revient régulièrement dans ses films à l'imagerie gothique, en lui ajoutant volontiers une nuance d'ironie. Dans Sleepy Hollow (1999), l'arbre décharné, à la forme torturée, marque la frontière... 

Crédits : Paramount/Mandalay/The Kobal Collection/ Clive Coote/ Aurimages

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La nouvelle de Washington Irving a donc été soumise à un principe d'« extériorisation » de tous ses éléments, passés entièrement du côté du visible dans le film de Tim Burton. Ainsi, la peur prend un visage, celui du Cavalier sans tête (et de l'acteur Christopher Walken), dont quelques flash-back nous montrent qu'il fut, pendant la révolution américaine, un mercenaire allemand sanguinaire, ce qui renvoie en images à la source germanique de la nouvelle d'Irving, une ballade écrite par le romantique G. A. Bürger. Cette loi du « tout voir » charge le film d'une violence visuelle qui en fait un des moins enfantins de [...]

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Frédéric STRAUSS, « SLEEPY HOLLOW (T. Burton) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sleepy-hollow/