SHUI HU ZHUAN [CHOUEI HOU TCHOUAN]

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Philosophie du « Shui hu zhuan »

Cette connivence avec les ennemis des lois au nom d'un idéal moral se retrouve dans le roman : il présente ces repris de justice comme les champions d'une justice plus juste ou les victimes d'un ordre social qui écrase le faible. S'ils embrassent la vie dure et dangereuse du maquis, c'est contraints et forcés par des malheurs indépendants de leur volonté, et souvent par les abus du gouvernement et des puissants.

Certains sont des meurtriers, mais leurs crimes ne sont pas crapuleux. Ils ont tué accidentellement, ou pour sauver la vie d'amis en danger de mort, ou par ces vendettas de famille que la coutume tolère mais que réprouve la loi. D'autres sont innocents, comme l'officier modèle Lin Chong, dont la femme est convoitée par le fils d'un ministre : pour cette seule raison, le mari sera attiré dans un piège, condamné aux travaux forcés, et par deux fois il échappe de peu aux tueurs à gages du ministre chargés de le « liquider ». De même les frères Xue, chasseurs de leur métier, qu'un châtelain fait bâtonner et mettre en prison parce qu'il s'est approprié leur gibier et qu'ils protestent. Une fois pris dans l'engrenage de la répression et de l'évasion aidée par la Bande, quel choix reste-t-il aux uns et aux autres, sinon de prendre la route des monts Liang ? Les juges et les préfets qui les persécutent sont cruels, vénaux et prévaricateurs, toujours prêts à acquitter le coupable et à livrer l'innocent au bourreau moyennant finances. Les proches collaborateurs de l'empereur sacrifient les intérêts du pays à leur ambition et à leur avarice. La Bande leur reproche de tromper leur maître, qu'elle ne conteste pas lui-même et auquel elle affirme son constant loyalisme. Mais au-delà de ce respect superficiel pour l'institution impériale, le roman décrit le souverain – c'est Song Huizong, l'un des plus célèbres peintres chinois – comme faible, crédule et frivole.

Le Shui hu zhuan est donc un roman de contestation politique et de critique sociale, une apologie de la subversion ; il n'est pas étonnant dès lors qu'il ait été mis à l'index par le [...]

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de lettres, professeur de chinois à l'Institut national des langues et civilisations orientales, université de Paris-III

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Pour citer l’article

Robert RUHLMANN, « SHUI HU ZHUAN [CHOUEI HOU TCHOUAN] », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 septembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/shui-hu-zhuan-chouei-hou-tchouan/