SESSHŪ TŌYŌ (1420-1506)

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Au cours du xve siècle, l'art du lavis à l'encre de Chine se développe parmi les moines-peintres de Kyōto. Josetsu, Shūbun, Sōtan travaillent pour les shōgun Ashikaga et répandent ainsi la technique nouvelle dans les milieux profanes. Un moine-peintre resta à l'écart de la cour et développa un art où se manifestait une personnalité volontaire et vigoureuse, cet homme fut Sesshū Tōyō. L'influence de Sesshū s'est perpétuée à travers les siècles et, près de cent ans après sa mort, Unkoku Tōgan et Hasegawa Tōhaku se disputaient le titre de disciple du maître, tandis que Kanō Tan.yū et Kanō Tsunenobu copiaient ses œuvres avec talent, transmettant ainsi de nombreuses études de Sesshū aujourd'hui disparues.

Un voyage en Chine

Sesshū est né dans une famille pauvre de guerriers de la région de Bitchū (province d'Okayama). Dès l'âge de treize ans, il entra dans un monastère zen et suivit à Kyōto Shunrin Shutō, moine du Shōkokuji, célèbre pour sa piété. Shūbun dut l'initier à la peinture et, en 1495, l'artiste rendit hommage à son maître et à Josetsu dans l'inscription d'un de ses paysages.

Peu après la mort de Shunrin Shutō, Sesshū, âgé de près de quarante ans, quittait la capitale pour s'établir dans la région de Suō, près de Yamaguchi (sud-ouest de Honshū). Un poème de son ami Koshi Eho qui lui rendit visite dans son atelier d'Unkoku (« la Vallée des Nuages ») loue déjà la maturité de son talent. Yamaguchi était le fief des Ōuchi, qui jouissaient du monopole du commerce avec la Chine, et c'est sur un bateau appartenant à ces derniers qu'en 1467 le peintre se rendit à Ningbo dans le Zhejiang, accompagnant une ambassade auprès d'un empereur Ming. Il semble, dès ce moment, avoir adopté le pseudonyme de Sesshū (« Bateau des Neiges ») qui accompagne désormais son nom de moine, Tōyō.

Après avoir séjourné au monastère chan (zen) du Tianlong si où il reçut un titre ecclésiastique, Sesshū suivit l'ambassade japonaise vers Pékin en remontant le Grand Canal, se familiarisant ainsi avec les paysages de la Chine.

Aucune œuvre antérieure à son voyage en Chine ne semble avoir été conservée, et les premières qui subsistent – quatre kakemono de paysages des Quatre Saisons (musée national de Tōkyō) – pourraient avoir été peintes en Chine, car elles sont signées « Sesshū Tōyō, moine zen du Japon ». Il revint au Japon en 1469 ; certains auteurs supposent qu'il retourna à Suō, d'autres estiment qu'il s'établit à Ōita, au Kyūshū, sur le littoral de la mer Intérieure. Dans un atelier qu'il nomma le Tengai Togarō (« Pavillon des peintures ouvrant sur le ciel »), contemplant la mer dans le lointain, il œuvrait pour satisfaire une clientèle nombreuse. Des détails sur sa résidence et ses travaux nous sont donnés par Bōfu Ryōshin, un marchand qui avait été son compagnon de voyage en Chine, et par Ryōan Keigo, un ami de longue date, qui lui rendirent visite dans son ermitage.

Sesshū avait emprunté à la Chine la coutume de signer ses œuvres et parfois de les dater (rakan). C'est ainsi qu'en 1474, il peignit le sansui shokan, rouleau de paysages de hauteur réduite, qu'il offrit à son élève Tōetsu, incitant ce dernier dans un colophon à étudier les œuvres de Gao Ke-gong. Ce haut fonctionnaire chinois de la fin de l'époque Yuan, épris des paysages du Zhejiang, s'était adonné à la peinture « pour illustrer les mille souhaits de son cœur », et, contrairement aux tenants de l'école de Zhi, perpétuant les peintres officiels des Song du Sud, il s'était inspiré de Mi Fu et de Dong Yuan, artistes célèbres des Song du Nord. Dans ce sansui shokan était inclus un passage inspiré par cet « indépendant », qui est à présent remplacé par une copie tardive.

Dans ces compositions monumentales se révèle l'influence de l'école de Zhi qui, sous les Ming, perpétuait le style académique des Song du Sud et, plus particulièrement, de Li Zai que Sesshū avait rencontré à la cour de Pékin. Il se libère peu à peu de l'emprise de la peinture Ming, en revenant aux sources grâce à la copie des œuvres des maîtres Song : Li Tang, Ma Yuan, Xia Gui et Yu Qian, dont certaines sont encore conservées dans les collections de la famille Asano. Les deux paysages d'automne et d'hiver, appartenant au musée national de Tōkyō, témoignent de cette libération par leurs compositions plus claires et plus solides dans lesquelles se manifestent un sens aigu de la verticalité, un graphisme très personnel et une autorité que l'on ne remarque pas dans ses œuvres antérieures.

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Écrit par :

  • : ancien maître de recherche au CNRS, professeure honoraire à l'École du Louvre, chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet

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Pour citer l’article

Madeleine PAUL-DAVID, « SESSHŪ TŌYŌ (1420-1506) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sesshu-toyo/