SAINTE RUSSIE. L'ART RUSSE DES ORIGINES À PIERRE LE GRAND (exposition)

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L'exposition Sainte Russie. L'art russe des origines à Pierre le Grand ouverte au public du 5 mars au 24 mai 2010 est la première présentation de cette ampleur de l'art russe médiéval au musée du Louvre à Paris. La décision de montrer cette période de l'histoire de l'art en Russie est d'autant plus importante qu'elle ne pouvait pas s'appuyer sur les collections du musée. En s'efforçant, ne serait-ce que temporairement, de combler cette lacune, les commissaires de l'exposition, Jannic Durand, conservateur en chef au département des Objets d'art, assisté de Dorota Giovannoni, documentaliste scientifique au même département, et Tamara Igoumnova, directrice adjointe du Musée historique d'État à Moscou, sont parvenus à réunir un ensemble impressionnant de plus de 400 œuvres provenant de vingt-quatre musées de la Russie, des plus connus et prestigieux – ceux de Moscou, de Saint-Pétersbourg, de Novgorod, de Souzdal – à ceux, difficiles d'accès pour les Occidentaux, comme le Musée national d'art et d'architecture de Saint-Cyrille de Beloozero à Kirillov. Plusieurs pièces exposées n'avaient jamais quitté la Russie auparavant et même – c'est le cas de certains manuscrits enluminés – n'étaient pas montrées au public.

L'exposition couvre une période longue de sept siècles et débute à la fin du xe siècle, avec le baptême du prince de Kiev Vladimir (978-1015) à Kherson (Chersonèse), reçu en 988 des prêtres byzantins, et qui marque la naissance de la Russie chrétienne. Le parcours se clôt avec les réformes introduites par le tsar Pierre le Grand au début du xviiie siècle. La caractéristique principale de l'art de cette période réside dans le fait qu'il est intimement lié au culte orthodoxe et suit en cela le modèle byzantin. Cette situation change avec les réformes de Pierre qui orientent la culture russe vers la sécularisation et l'européanisation.

Bien que l'essentiel des œuvres montrées à l'exposition proviennent des musées, elles étaient initialement conservées dans des églises et des monastères et étaient toutes plus ou moins directement utilisées lors des services religieux ou des prières personnelles. Il s'agissait, en tout premier lieu, d'icônes. Entrées au musée seulement à partir de la fin du xixe siècle et massivement après 1917, les icônes étaient vénérées par les orthodoxes russes de manière très particulière : elles étaient touchées, embrassées et considérées comme miraculeuses. La doctrine des images saintes, commune aux Russes et aux autres peuples de l'Orient chrétien, fut héritée de Constantinople et survécut jusqu'à nos jours. Les images – notamment celle du Christ estimée comme non faite de la main de l'homme (acheiropoïètes), de la Vierge et des saints ou encore celles qui représentaient les principaux événements de la vie du Christ et de la Vierge – étaient considérées comme des « fragments » de la matière, pénétrés par la présence divine à la manière du pain et du vin eucharistique, avec lesquels les fidèles pouvaient communier. La transformation de ces objets de culte en « tableaux » accrochés aux cimaises des musées ne se passa pas sans difficultés. Ce dont témoignent encore aujourd'hui les débats concernant le retour des icônes dans les églises.

Parmi la multitude et la grande diversité des objets représentés, le parcours à travers l'exposition est ponctué par les icônes les plus célèbres. Même si l'original de la Vierge de Vladimir – l'une des icônes les plus vénérées de la Russie, apportée en 1130 à Kiev par le métropolite grec Michel en cadeau au prince Mstislav et transportée par le prince André Bogoliubskij en 1161 dans la nouvelle église à Vladimir – ne quitte jamais le pays, cette œuvre byzantine est représentée à l'exposition à travers sa « copie » russe attribuée à Andrej Roublev. De même, si on ne peut pas voir la Trinité de Roublev – l'icône est toujours considérée comme un des palladiums de la Russie –, son oklad, le revêtement en métal précieux de l'icône, est tout de même exposé.

Parmi d'autres icônes célèbres datant d'avant l'invasion mongole et qu'on attribue au travail des ateliers gréco-russes de Kiev, de Novgorod, de Vladimir et d'autres villes, on peut admirer une magnifique Deisis – la « prière » en grec byzantin –, la grande icône miraculeuse de la Vierge de Tolga du xiiie siècle. Les icônes pré-mongoliennes sont très fortement liées à la tradition byzantine. Quant aux icônes que les Russes eux-mêmes commencent à peindre à partir de la fin du xive siècle, elles sont marquées par un métissage culturel, y compris avec des courants venant des autres pays slaves ou de l'Occident. Cela concerne, en tout premier lieu, l'école de Novgorod qui est représentée à l'exposition par l'un de ses chefs-d'œuvre : l'icône du Miracle de la Vierge du Signe dite la Bataille des Novgorodiens contre les Souzdaliens (xve siècle). Parmi les manuscrits, on peut admirer les miniatures de la chronique de Radziwiłł (copie du xve siècle de l'original du xiiie siècle) qui illustrent notamment la naissance de la Russie chrétienne.

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Écrit par :

  • : chargée de recherche au centre André-Chastel, université de Paris-IV-Sorbonne, docteur en histoire et civilisation de l'École des hautes études en sciences sociales, habilitée à diriger les recherches

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Pour citer l’article

Olga MEDVEDKOVA, « SAINTE RUSSIE. L'ART RUSSE DES ORIGINES À PIERRE LE GRAND (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sainte-russie-l-art-russe-des-origines-a-pierre-le-grand-exposition/