ROUTES DE L'AMBRE (Europe protohistorique)

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L'ambre jaune est une résine fossile que l'on trouve principalement en Allemagne du Nord (Slesvig-Holstein), au Danemark (Jutland) et sur les rives méridionales de la Baltique (Pologne). Il contient alors 3 à 8 p. 100 d'acide succinique. D'autres gisements moins importants ont été signalés en France du Sud, en Espagne, en Italie ou en Syrie, qui ne contiennent qu'environ 0,4 p. 100 d'acide succinique. Quant à l'ambre roumain, sa teneur en acide succinique est de 1 p. 100. À partir du IIIe millénaire avant notre ère, l'ambre nordique, comme en témoignent les analyses chimiques, a été très recherché et a été diffusé à travers toute l'Europe jusqu'en Grèce, où, encore à l'époque classique, il est réservé au culte de Zeus et utilisé pour ses vertus prophylactiques et médicales. Les relations entre le nord et le sud de l'Europe sont confirmées à l'Âge du bronze (IIe millénaire avant notre ère) grâce à la répartition de plusieurs types d'objets archéologiques et grâce à certains motifs décoratifs (soleils et oiseaux). L'exemple des armes défensives du Bronze final est particulièrement éloquent pour mieux comprendre la nature des échanges entre la Méditerranée et les pays nordiques, les hyperboréens de la mythologie grecque. Hérodote puis Pline se sont faits l'écho, quelques siècles plus tard, du trafic de l'ambre venu du nord.

L’ambre a été recueilli par les hommes dès la Paléolithique supérieur (Isturitz dans les Pyrénées et Meziritch en Ukraine). Mais c’est sur les sites néolithiques qu’on le trouve en abondance : dolmens danois, hypogées de la Marne et station de Charavines (Isères), par exemple. Au cours de l’Âge du bronze, il fait l’objet d’une vaste diffusion à travers l’Europe. On a recueilli des milliers de perles et de pendeloques d’ambre dans les pays du Nord. Outre les grains de colliers, on a sculpté dans cette matière de petites statuettes animalières au Danemarck et en Pologne.

En Russie du Nord, l’ambre est signalée dans le site lacustre de Modlona et, plus au sud, en Russie centrale, il est abondant dans les sépultures de Saktych : des boutons, perles, plaquettes semblent avoir été cousus sur les vêtements des défunts au début du IIe millénaire. Vers l’ouest, on retrouve des grains d’ambre aussi bien dans les tombes mégalithiques de Los Millares au sud de l’Espagne que dans les tumulus du Wessex au sud de la Grande-Bretagne, et de menus objets, comme les diques polis sertis dans une monture en or ceux de – Manton, Amesbury et Normanton (Wiltshire) – que les archéologues ont rapprochés d’un bijou d’époque minoenne trouvé à Isopata en Crète.

La découverte dans la grotte du Collier à Lastours (Aude) d’un squelette de filette (sept ans environ) parée de bijoux de bronze (bracelets, éléments d’un pectoral), de pâte de verre (perles) et d’ambre (perles, plaquette multiforée et pendeloque) confirme les relations qui s’étaient étalies entre 1600 et 1500 avant J.-C. entre la Baltique, pays d’origine de l’ambre analysé, et la Méditerranée orientale où l’on retrouve le même dessin d’œil gravé identifiable sur la pendeloque, et le même type de plaquette multiforée, dite de Kakovatos, site grec d’âge mycénien.

Situé sur la côte ouest de la Grèce, à l’extrémité de la voie adriatique évoquée par Pline, Kakovatos est particulièrement riche en ambre puisqu’une seule tombe en a fourni 500 grains. La plaquette multiforée peut être un élément de ceinture comme le prouveraient les exemplaires de la tombe ‘omicron » du cercle B de Mycènes, ou une perle d’espaceur de collier. Ces plaquettes multiforées sont nombreuses en Europe centrale et on les trouve jusque dans le Wessex. On peut se demander si le type est originaire de Grèce comme on le pensait ou d'Europe centrale où elles sont nombreuses ou encore d'Europe occidentale où elles sont anciennes d'après les datations 14C récentes (avant 1600, date des premiers Mycéniens).

En France, l'ambre existe aussi au Bronze ancien dans les tumulus armoricains (perles-plaquettes de Lesconil), puis surtout au Bronze moyen et au début du Bronze final (1500-1200 av. J.-C.) dans la grotte funéraire des Duffaits (Charente) ; on le trouve assez bien représenté dans l'habitat du Fort-Harrouard à Sorel-Moussel (Eure-et-Loir) ainsi que dans les sépultures de l’Aube, les tumulus de la forêt de Haguenau [...]

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Écrit par :

  • : conservateur général du patrimoine, directeur de la rénovation du musée de l'Homme

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Pour citer l’article

Jean-Pierre MOHEN, « ROUTES DE L'AMBRE (Europe protohistorique) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/routes-de-l-ambre/