WOODWARD ROBERT BURNS (1917-1979)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Chimiste américain, né le 10 avril 1917 à Boston, mort le 8 juillet 1979 à Cambridge (Massachusetts).

Autodidacte, Robert Burns Woodward se passionne très tôt pour la chimie. Il entre au Massachusetts Institute of Technology en 1933 mais, déçu par la routine universitaire, abandonne très vite ses études. Refusant de perdre un étudiant aussi talentueux, l'un de ses professeurs retrouve sa trace et fait en sorte qu'il puisse passer ses examens. En quatre ans seulement, Woodward obtient sa licence et son doctorat. Il passe alors l'été de 1937 à l'université de l'Illinois, avant de rejoindre en automne le département de chimie de Harvard, où il restera jusqu'à sa mort.

Woodward se spécialise dans la chimie organique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il tente d'élucider la structure de la pénicilline et réalise, avec William Doering, la synthèse de la quinine (1944). En 1948, Woodward publie la structure de la strychnine, prenant de vitesse l'Anglais Robert Robinson. Dans les années 1950, il collabore avec le laboratoire pharmaceutique Pfizer sur l'analyse de la structure de trois nouveaux antibiotiques : la terramycine, l'auréomycine et la magnamycine.

Woodward utilise dans ses recherches les dernières techniques d'analyse, notamment le spectrophotomètre. Cet instrument permet en effet au chimiste de mieux caractériser les composés qu'il analyse et suggère de nouvelles généralisations sur la relation entre la structure d'une molécule et ses propriétés physiques. Les premières théories de Woodward se concentrent de fait sur l'utilisation de deux types de données physiques : l'absorption de lumière ultraviolette (1941-1942) et la dispersion rotatoire optique (1961), ouvrant la voie à la généralisation de la spectroscopie. Ces nouvelles techniques modifient la corrélation traditionnelle entre la synthèse et la découverte de la structure, réduisant cette dernière à une procédure relativement banale.

Les structures chimiques élucidées par Woodward font néanmoins date dans l'histoire de la chimie organique : pénicilline (1945), patuline (1948), ferrocène (1952), strychnine (1954), cévine (1954), gliotoxine (1958), ellipticine (1959), calycanthine (1960), oléandomycine (1960), streptonigrine (1963), tétrodotoxine (1964). Avec le biochimiste américain Konrad Bloch, il est également le premier à proposer comment réaliser la biosynthèse des hormones stéroïdes des organismes vivants.

Woodward réalise ainsi l'une des premières synthèses complètes du cholestérol et de la cortisone (1951), puis du lanostérol (1954). En 1954, il annonce la synthèse de la strychnine et de l'acide lysergique, suivie en 1956 de celle de la réserpine, rapidement utilisée comme neuroleptique. Il synthétise ensuite la chlorophylle (1960), la tétracycline (1962), la colchicine (1963) et la céphalosporine C (1965). Woodward entame alors une étroite collaboration avec Albert Eschenmoser (né en 1925), à Zurich, et réalise en 1971 la synthèse de la vitamine B12 (cyanocobalamine) en enchaînant plus de cent réactions. Son travail sur cette molécule complexe lui permet de découvrir et de formuler, avec l'Américain Roald Hoffmann (né en 1937), le principe de la conservation de la symétrie des orbitales, lequel permet de prévoir le déroulement de toute une classe de réactions chimiques. Ces règles de Woodward-Hoffmann constituent probablement la plus importante avancée théorique des années 1960 en matière de chimie organique. Peu avant sa mort, Woodward travaille à la synthèse de l'érythromycine.

Travaillant à la fois pour la recherche universitaire et industrielle, Woodward apportera notamment ses conseils à des sociétés comme Eli Lilly, Merck, Monsanto, Polaroid et Pfizer. En 1963, le laboratoire pharmaceutique suisse Ciba (auj. Novartis) crée l'institut de recherche Woodward à Bâle, que ce dernier va diriger.

Woodward montre au fil de sa carrière que la compréhension des mécanismes de réaction chimique permet de prévoir et de réaliser avec succès de longues séquences de réactions afin de synthétiser des composés complexes. Son talent réside dans la création de nouveaux réactifs mais aussi dans sa capacité à rassembler tous les faits disponibles et à les organiser de manière à résoudre les problèmes les plus complexes. Woodward apporte ainsi u [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

  • : directeur des services historiques de la Chemical Heritage Foundation, Philadelphie, Pennsylvanie

Classification

Autres références

«  WOODWARD ROBERT BURNS (1917-1979)  » est également traité dans :

ANALYSE ET SYNTHÈSE, chimie

  • Écrit par 
  • Pierre LASZLO
  •  • 1 522 mots
  •  • 1 média

Ces deux notions, en principe complémentaires et réciproques, ne le sont pas en fait. Certes, les deux tendances à l'analyse et à la synthèse s'opposent, la première visant à couper les entités chimiques en petits morceaux et la seconde se donnant pour objectif la reconstruction des ensembles mis à mal par l'analyse. Mais il faut examiner les deux ensembles de pratiques qu'elles recouvrent. Les a […] Lire la suite

CHIMIE THÉORIQUE

  • Écrit par 
  • Lionel SALEM, 
  • François VOLATRON
  •  • 4 289 mots
  •  • 10 médias

Dans le chapitre « Le rôle de la symétrie dans le contrôle des réactions chimiques »  : […] C'est principalement aux savants américains Woodward (prix Nobel 1965) et Hoffmann (prix Nobel 1981) ainsi qu'au chimiste japonais Fukui (prix Nobel 1981) qu'incombe la découverte du rôle joué par la symétrie des fonctions d'onde dans le contrôle des chemins de réaction. Il s'agit, dans le cas présent, de la symétrie spatiale des orbitales moléculaires. Woodward et Hoffmann ont considéré la réacti […] Lire la suite

HOFFMANN ROALD (1937- )

  • Écrit par 
  • Georges BRAM
  •  • 323 mots

Chimiste américain d'origine polonaise né le 18 juillet 1937 à Złoczów (Pologne). Rescapé des massacres antisémites nazis, Roald Hoffmann peut, avec sa mère, quitter la Pologne en 1946 ; il arrive finalement aux États-Unis en 1949. Il effectue ses études supérieures à l'université Harvard (Cambridge, Massachusetts), où il obtient, en 1962, un doctorat préparé sous la direction de William Nunn Lips […] Lire la suite

Pour citer l’article

Leo B. SLATER, « WOODWARD ROBERT BURNS - (1917-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-burns-woodward/