MENCHÚ RIGOBERTA (1959- )

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Prix Nobel de la paix 1992. Militante guatémaltèque des droits de l'homme et plus particulièrement des populations indiennes.

Née en 1959 sur l'altiplano (les hauts plateaux), dans le village de Chimel, près de San Miguel Uspantán, Rigoberta Menchú Tum est l'un des neuf enfants d'un couple de paysans quiché, famille pauvre mais fière de ses traditions.

Dès son plus jeune âge, elle accompagne ses parents lors des migrations saisonnières vers les fincas (grandes propriétés) de la côte pacifique, plantées de café, de coton, de canne à sucre ou de cardamome. Elle découvre, sous l'autorité des contremaîtres, des conditions de vie et de travail féodales. Adolescente, Rigoberta Menchú s'engage comme domestique dans une riche famille de la capitale, Ciudad de Guatemala. Elle découvre le racisme anti-indien, le mépris au quotidien. À la fin des années 1960, l'oligarchie terrienne tente d'accaparer les meilleurs sols de l'altiplano et dépêche ses hommes de main pour déloger les familles indiennes, qui cultivent les lieux de génération en génération, mais sont dépourvues de titres de propriété en bonne et due forme. Le père de Rigoberta Menchú, refusant d'abdiquer, cherche à faire valoir les droits de sa communauté. Tentatives infructueuses. C'est l'époque où les militaires guatémaltèques enterrent toutes les velléités de réformes, au nom de la mobilisation contre la contestation armée renaissante. Sous les généraux-présidents Kjell Laugerud (1974-1978) et plus encore Lucas García (1978-1982), Efraín Ríos Montt (1982-1983) et Óscar Humberto Mejía Victores (1983-1986) une répression impitoyable s'abat sur les campagnes.

Rigoberta Menchú est au cœur de la tourmente. Comme son père, Vicente, qui fraye la voie, elle intègre le Comité d'unité paysanne (C.U.C.), qui sort de l'ombre en 1978. Elle tisse des liens avec les communautés voisines, apprend l'espagnol et tente de surmonter les barrières linguistiques qui la séparent des autres ethnies, organise l'autodéfense des villages.

Aux yeux des autorités, cette activité militante en faveur des agriculteurs indiens la désigne comme une auxiliaire de la guérilla. Elle est estampillée « subversive », et entame une vie d'errance entrecoupée de dramatiques retrouvailles familiales. En 1979, elle assiste à l'exécution de l'un de ses frères, en compagnie d'autres villageois en pleurs convoqués pour le châtiment public. Le 31 janvier 1980, son père et une vingtaine de paysans occupent pacifiquement l'ambassade d'Espagne dans la capitale, pour informer l'opinion internationale de leur combat pour la terre. Mais la démonstration tourne vite à la tragédie. Les forces de l'ordre incendient délibérément le bâtiment. La plupart des occupants périssent carbonisés. Trois mois plus tard, c'est au tour de sa mère, qui revient au bourg, d'être séquestrée et torturée par les militaires. En dépit de ce déchaînement de haine, Rigoberta Menchú poursuit un temps la lutte dans la clandestinité, avant de prendre le chemin de l'exil, celui de Mexico, en 1981. Elle se jure alors de consacrer sa vie à la dénonciation des crimes commis dans son pays par un régime d'apartheid non avoué, une classe dirigeante obsédée par le « péril indien ». Ce sont bien les vingt-deux ethnies indigènes (Quiché, Cakchiquel, Mam, Ixil, Kekchi...) qui ont payé le plus lourd tribut à la guerre civile, longue de trente ans : près de cent mille morts et quarante mille disparus, soit deux fois plus que les victimes de la « sale guerre » d'Argentine et du Chili.

En 1982, elle vient en France où elle se confie à l’anthropologue Elisabeth Burgos ; de son témoignage sort un livre publié l’année suivante, Moi, Rigoberta Menchú, qui rend compte, au-delà de sa propre vie, du sort des populations indigènes.

Rigoberta Menchú prend fait et cause pour le Comité national des veuves du Guatemala (Conavigua), inlassablement persécuté par les séides du régime, assure l'animation de la Représentation de l'union d'opposition guatémaltèque (R.U.O.G.). Elle court de tribune en meeting pour évoquer le sort des quelque cent cinquante mille Guatémaltèques réfugiés au Mexique, et celui des vingt mille « réfugiés de l'intérieur » (communautés de population en résistance) qui revendiquent, avec l'appui de l'épiscopat, le statut de popul [...]

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Dans le chapitre « En finir avec la discrimination historique : le mouvement maya »  : […] Pendant plus d'un siècle et demi, la population indienne, majoritaire dans le pays, a été systématiquement écartée des droits à la citoyenneté et de la politique nationale par les gouvernements libéraux, conservateurs, et par l'élite oligarchique, favorisant, de la sorte, les traditions racistes et autoritaires. Au cours des années 1970 et 1980, une nouvelle génération de leaders et d'intellectue […] Lire la suite

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Yves HARDY, « MENCHÚ RIGOBERTA (1959- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rigoberta-menchu/