RESTAURATION (architecture)

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« Restauration, le mot et la chose sont modernes » affirme Eugène Viollet-le-Duc en tête de l'article « Restauration », du Dictionnaire raisonné de l'architecture française, t. VIII, paru en 1869. Pourtant, nombreux sont les exemples et les citations qui prouvent que la préoccupation de réparer, de rétablir les œuvres d'art, de les reconstruire, de les remettre dans le circuit de la vie n'est pas nouvelle : la valeur accordée à l'objet d'art a suscité de tout temps le souci de sa survie.

C'est le contenu du mot « restauration » et de l'expression « objets d'art » qui donne la solution de l'apparente contradiction. « Restauration » est le terme que l'on emploie encore pour désigner les interventions tendant à restituer une vie à une œuvre d'art. Mais, aujourd'hui, on définit cette opération par rapport à la « conservation », autre terme de l'alternative. Par « conservation », on entend toutes les opérations indispensables à la survie de l'œuvre : élimination des causes et des produits d'altération, renforcement, consolidation des supports, refixages des couches picturales, protections préventives. Par « restauration », on désigne les opérations complémentaires touchant à l'aspect de l'objet : réintégration des lacunes, retouches, restitutions... qui semblent servir à redonner son sens à l'objet, à améliorer sa valeur esthétique. Dans la pratique actuelle, attentive à l'état initial de l'œuvre, conservation et restauration sont des opérations axées l'une sur la recherche, l'autre sur la mise en valeur des matières originales.

L'usage que les langues étrangères font de l'un ou l'autre terme révèle les limites différentes que l'on assigne à leur signification respective. L'anglais désigne le restaurateur par le nom de conservator. L'allemand choisit entre les nuances des mots Konservierung, Restaurierung, équivalents du français « conservation », « restauration » ; mais le très large usage du Denkmalpflege révèle la limite volontaire et lucide du programme d'intervention. L'italien semblerait affirmer un parti plus audacieux en employant presque exclusivement le mot restauro, mais la richesse des textes critiques de référence dans cette langue témoigne que c'est bien là que la notion est le mieux définie.

Les premières restaurations

L'histoire de la restauration en architecture est parallèle à l'évolution de la critique d'art.

Déjà les monuments de la plus haute antiquité, tels que les palais de Cnossos ou de Phaistos en Crète et l'architecture archaïque de l'Asie Mineure, portent les traces de travaux de restauration. Dans la Periègèsis sur Olympie, Pausanias mentionne la dernière des colonnes du temple du vie siècle, laquelle, à la différence des autres, n'avait pas encore été remplacée par une colonne de marbre. Comme l'a confirmé ensuite l'exploration du monument, il s'agit d'un cas où le nouveau avait été introduit à petites doses dans l'ancien sans en altérer l'esprit et sans constituer une falsification, et où chaque apport de ce genre permettait de dater l'opération. Une telle discrétion de la part des restaurateurs ne s'expliquait qu'eu égard à des valeurs extrinsèques au monument telles que le caractère sacré de l'œuvre avec tout ce qui s'y attachait en fait de dévotions et de traditions. Il a fallu parvenir aux époques de culture raffinée pour qu'on se tournât vers le passé comme vers une réserve culturelle qu'il importait de défendre contre les mutilations et les saccages arbitraires.

L'appréciation des monuments anciens restait cependant infracritique et sentimentale, comme en témoigne la transformation, sous Hadrien, du temple d'Agrippa en panthéon, ou des propylées d'Éleusis par Antonin le Pieux : ces travaux, tels qu'ils furent exécutés, répondaient à la conviction que plus l'Antiquité était admirée, plus elle devait être imitée. Des opérations de ce genre sont tenues pour des restaurations par ceux qui les effectuèrent, mais ce sont en fait des reprises de l'Antique et des exemples de l'action culturelle exercée par le passé sur le présent.

Au Moyen Âge, les travaux de conservation furent sporadiques et exclusivement destinés à maintenir en vie la légende, plutôt que l'histoire, et, parmi les valeurs du culte, celles qui avaient pénétré dans la pratique superstitieuse.

Les calamités naturelles et la violence des hommes fournirent l'occasion de donner des formes modernes et différentes aux vieux monuments, dont on utilisait alors les parties qui pouvaient servir à la [...]

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Colette DI MATTEO, Piero GAZZOLA, « RESTAURATION (architecture) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/restauration-architecture/