ZAZZO RENÉ (1910-1995)

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Le nom de René Zazzo, internationalement reconnu, est associé à la recherche qu'il a effectuée pendant un demi-siècle sur la psychologie des jumeaux, dont il a profondément renouvelé l'approche. Après avoir parachevé ses études à l'université de Columbia en 1933 et, l'année suivante, à la clinique de l'Enfant, auprès d'Arnold Gesell (Yale), pionnier de la psychologie de l'enfant aux États-Unis, créateur du co-twin control ou méthode du jumeau témoin, il devient le collaborateur de Henri Wallon (1936) au laboratoire de psychobiologie de l'enfant (École pratique des hautes études, Paris) ; il succède à son maître, en 1950, comme directeur de cet organisme. De 1940 à 1980, il dirige le laboratoire de psychopathologie à l'hôpital Henri-Rousselle. D'abord chargé d'enseignement (1937) à l'Institut de psychologie de l'université de Paris, il devient professeur dix ans plus tard ; il enseigne également à l'Institut national d'orientation professionnelle. Il a présenté une thèse de doctorat ès lettres sur les jumeaux, sous la direction de Jean Piaget. De 1967 à sa retraite (1980), il est professeur à l'université de Paris-Nanterre. Il a dirigé la revue Enfance et présidé de nombreuses associations scientifiques.

Dans les années 1930, quand il commence à s'intéresser à la gémellité, demeurent encore vivaces les thèses de Francis Galton (1822-1911), initiateur de l'étude des jumeaux comme objet de recherche scientifique. Selon le savant britannique, l'influence du facteur héréditaire dépasse nettement celle de l'environnement. Zazzo s'appuie sur les recherches de l'école française de la psychologie et de la sociologie de l'enfant pour souligner l'importance de la communication entre jumeaux, car pour lui l'individu n'est pas dissociable du couple qu'il forme. Zazzo présente sa pensée non pas comme un dogme, mais seulement comme une méthode heuristique. “Sous l'influence d'un conseil de Henri Piéron, dit-il, j'ai réintégré dans une explication globale les différences somatiques en tant que facteurs ou conditions du développement de l'individualité.” De même, les nombreuses différences psychologiques constatées chez les vrais jumeaux (monozygotes) s'expliquent mieux si l'on tient compte des déterminismes socio-psychologiques. Au contraire, les théoriciens qui soulignent les similitudes gémellaires donnent la préférence au point de vue génétique. “S'il est vrai que les jumeaux se ressemblent en beaucoup de choses : âge, sexe, hérédité, milieu familial, environnement socioculturel, psychologiquement ils ne sont pas pareils, ils peuvent même présenter des caractères opposés” (Les Jumeaux : le couple et la personne). En tant que couple, l'interdépendance, soulignée dès la naissance, entraîne des rapports émotionnels intenses et une identification réciproque, au risque d'un isolement social, d'une certaine autosuffisance, pouvant entraîner un retard dans l'évolution du langage, associée parfois à la formation d'une cryptophasie (langage secret).

Dans les années 1970, à l'apogée des théories structuralistes, Zazzo navigue à contre-courant en portant attention au corps, à la peau, au non-verbal. Proche en cela de Melanie Klein, il tient pour assuré que le bébé a un moi dès sa naissance et, face à la théorie de la libido, relève l'importance de l'attachement. Didier Anzieu a souligné “la fécondité pour la pensée psychanalytique de la notion d'attachement que Zazzo a contribué de façon décisive à faire connaître en France. [...] La pulsion d'attachement coexiste avec la pulsion libidinale et rend mieux compte de certains faits que la théorie de la libido. La théorie de la libido est une théorie énergétique, relevant d'un modèle scientifique vieilli. L'attachement contribue à élaborer une théorie cybernétique du fonctionnement psychique” (Anzieu, “René Zazzo et l'attachement”, in Bulletin de psychologie, 1987).

Marxiste convaincu, Zazzo maintient un regard critique sur la science comme sur l'histoire : “La science est certes toujours invoquée comme une caution. Mais elle est devenue une croyance, un mot magique comme tous les autres, une imposture”, écrit-il dans sa Préface à l'édition espagnole de Psychologie et marxisme, en 1976. Il définit le psychisme, “avatar laïque de l'âme”, à partir de cette conviction philosophique matérialiste : “Quant à la notion de psychisme, je soutiendrai qu'elle ne peut se définir que [...]

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  • : psychanalyste, membre de la Société de psychanalyse freudienne, musicologue, président de l'Association française de défense de l'orgue ancien

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Pierre-Paul LACAS, « ZAZZO RENÉ - (1910-1995) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rene-zazzo/