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TILLON RAYMONDE (1915-2016)

Raymonde Tillon - crédits : Frank Perry/ AFP

Raymonde Tillon

« L'esprit de liberté, la soif de justice, la lutte contre l'arbitraire sous toutes ses formes » : c'est ce qui caractérisait Raymonde Tillon, selon le communiqué par lequel le président de l'Assemblée nationale salua sa disparition, le 17 juillet 2016. Déjà, pour célébrer les cent ans de la dernière survivante des trente-trois premières femmes élues députées en octobre 1945, il avait rappelé que, par l'épreuve de sa déportation à Ravensbrück, Raymonde Tillon avait été « l'honneur de la France avant d'être l'élue des Français ».

Raymonde Barbé naît à Puteaux, le 22 octobre 1915. Après avoir perdu ses parents en 1920, elle doit vivre dix ans dans un orphelinat catholique d'Arcueil. Elle s'en enfuit bien avant sa majorité et finit son adolescence en Provence, près d'un de ses frères. Adhérente des Jeunesses communistes, elle fut, avec Danielle Casanova, la fondatrice du groupe marseillais de l'Union des jeunes filles de France, organisation de jeunesse du Parti communiste français (PCF). Elle épousa en 1935 Charles Nédelec, un menuisier devenu permanent syndical qui, membre du comité central du PCF, devait mourir d'épuisement, le 22 mai 1944, après avoir fédéré plusieurs organisations clandestines dans la CGT.

Trois jours auparavant, le 19 mai 1944, Raymonde Nédelec quittait la prison de Rennes où elle avait fomenté une révolte. Livrée aux nazis, elle fut déportée en Allemagne. Arrêtée dès mars 1941, elle avait été condamnée à vingt ans de travaux forcés, en fonction de la législation rétroactive appliquée par les juges des sections spéciales de l'État français, à partir du second semestre de 1941. Elle avait continué à résister, fomentant une révolte à la prison des femmes de Rennes. Après son arrivée à Ravensbrück, elle est envoyée dans un Kommando de Leipzig où elle organise le sabotage de la fabrication des douilles d’obus. Le 20 avril 1945, elle trouve la force de s'évader d'une des colonnes lancées sur les routes par les nazis.

En septembre 1945, elle est la première conseillère générale communiste de Marseille et devient le mois suivant députée des Bouches-du-Rhône, une des dix-sept élues communistes qui constituaient plus de la moitié du groupe des trente-trois premières femmes élues à l'Assemblée nationale constituante. Dans les cours qui lui furent donnés alors dans une école de cadres du parti, elle dut noter que le Parlement était « la maison de l'ennemi ». Lorsque le PCF entama sa « seconde glaciation stalinienne » (O. Wieviorka), Raymonde Nédelec fut l'oratrice choisie pour dénoncer la politique de maintien de l'ordre du ministre de l’Intérieur Jules Moch et la création des préfets IGAME. Mais son rapprochement avec Charles Tillon puis son mariage avec cet ancien commandant en chef des Francs-tireurs et partisans la firent basculer dans l'opprobre jeté sur celui dont l'autonomie par rapport à Moscou n'avait jamais séduit Maurice Thorez ni Jacques Duclos.

Passée de l’Assemblée au secrétariat du maire de Drancy, Raymonde Tillon se voit privée de son contrat. Elle suit son mari qui, après ce qu'il devait appeler « un procès de Moscou à Paris », trouve refuge à Montjustin, en Provence. Ils y élèvent leurs deux filles avant de s'installer à Aix-en-Provence. Encore communistes en 1968, Raymonde et Charles Tillon applaudissent le Printemps de Prague et condamnent vigoureusement l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie. Sur ordre des dirigeants parisiens, ils sont exclus du parti en 1970. À la mort de Charles Tillon, en 1993, le secrétaire général du PCF Georges Marchais soutint qu'il aurait pu mourir avec la carte du parti dans sa poche.

Lorsque la direction communiste proclama ensuite la réhabilitation de ceux qu'elle[...]

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Écrit par

  • : docteur en études politiques et en histoire, ancien délégué-adjoint aux célébrations nationales (ministère de la Culture et de la Communication)

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Pour citer cet article

Charles-Louis FOULON. TILLON RAYMONDE (1915-2016) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

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