PRESSE DU CŒUR ou PRESSE SENTIMENTALE

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La presse du cœur, appelée aussi presse sentimentale, connaît son heure de gloire dans les années 1950. Ses principaux magazines – Nous Deux, Confidences ou Intimité – sont centrés sur la fiction sentimentale et l’histoire vécue. Ils proposent des romans, des nouvelles et sont à l’origine du roman-photo. Ce genre, en tête des ventes de la presse féminine en 1955, perdure encore, même s’il connaît un déclin progressif.

Origines

Le magazine Confidences, le journal des histoires vraies, créé en 1938 par Paul Winkler, est considéré comme le premier titre de la presse du cœur. Dans son éditorial du 13 mai 1938, cette publication propose de « partager les mystères de l’existence » et de « se délivrer du fardeau des secrets ». Confidences offre deux types de contenus : des romans et nouvelles sentimentales, des témoignages de mésaventures féminines. Le roman sentimental publié en série connaît un succès florissant depuis le dernier quart du xixe siècle. Ses principaux éditeurs, Joseph Ferenczi, Jules Tallandier et Jules Rouff, produisent de multiples collections de petits romans : petits par leur format, leur pagination et leur coût. Ces séries sont souvent publiées sous forme de fascicules à suivre. Elles vont trouver un nouveau support de diffusion avec la presse. Pour les témoignages, Paul Winkler s'inspire des journaux américains créés par l'éditeur Bernard Macfadden, comme True Romance et True Story. Ces publications proposent des récits personnels qui permettent d’aborder des problèmes moraux et sociaux. Avec cette formule, Confidences connaît un important succès et se diffuse à près d’un million d’exemplaires en 1939. Le titre interrompt sa publication pendant la durée de la Seconde Guerre mondiale. Paul Winkler, juif et franc-maçon, s’exile aux États-Unis jusqu’en 1945.

Le témoignage et le roman sentimental constitue le socle de la presse du cœur. Elle s’étoffe avec le roman dessiné qui deviendra par la suite le roman-photo. En Italie, le 29 juin 1946, l’éditeur Universo lance Grand Hôtel. Ce magazine croise le roman-feuilleton avec la bande dessinée en proposant des planches dessinées relatant des histoires d’amour. La réussite de cet hebdomadaire est rapide, avec un tirage à plus de 600 000 exemplaires.

Ce « prototype » est importé en France par Cino Del Duca avec Nous Deux, dont le premier numéro paraît le 14 mai 1947. De 1948 à 1963, il lance quatorze magazines féminins. Les plus célèbres et les plus pérennes sont Intimité et Nous Deux, ce dernier représentant le plus fort tirage de la presse féminine avec 1,5 million d’exemplaires vendus en 1955. D’autres titres connaîtront une durée plus éphémère, comme La Vie en fleur, Madrigal, Festival, Secrets de femmes, Ciné-Révélations Cino Del Duca a été surnommé « le roi de la presse du cœur ». Né en Italie en 1899, il débute dans l’édition par le roman populaire et la bande dessinée. Il immigre en France en 1932, autant pour échapper à la police fasciste que pour développer son activité éditoriale. Il publie des romans sentimentaux en fascicules et des magazines de bandes dessinées. En 1942, il participe à la parution du journal féminin Sensation. Ses frères ont lancé en Italie Grand Hôtel, dont il importe la formule en France. Progressivement, il va constituer la plus importante société éditrice de presse féminine populaire de l’après-guerre.

La presse du cœur : Nous deux

Photographie : La presse du cœur : Nous deux

La rencontre joue un rôle déterminant dans le romanesque des situations que développe la presse du cœur, et favorise l'identification de la lectrice ou du lecteur aux personnages. Ici, une couverture de Nous deux, octobre 1951. 

Crédits : D.R.

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D’autres éditeurs se placent sur le même créneau, comme André Beyler, directeur des éditions Nuit et Jour, qui publie le titre Rêves. De son côté, Paul Winkler, après son exil américain, relance Confidences. Tous ces titres trouvent leur public, et aucun ne tire à moins de deux cent mille exemplaires. Le phénomène est mondial : la presse du cœur est florissante en Italie, en Allemagne, en Espagne et en Amérique du Sud. Si la presse dite familiale, comme Bonnes soirées ou Femmes d’aujourd’hui, contient des textes à caractère romanesque, ces rubriques demeurent minoritaires alors qu’elles forment l’essentiel de la presse du cœur.

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Médias de l’article

La presse du cœur : Nous deux

La presse du cœur : Nous deux
Crédits : D.R.

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La presse du cœur : Intimita

La presse du cœur : Intimita
Crédits : D.R.

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La presse « people »

La presse « people »
Crédits : G. Mouly-Héras

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Écrit par :

  • : docteure en histoire culturelle, conservatrice en bibliothèque, responsable de formations et enseignante au Pôle Métiers du livre de l'université Paris-ouest-Nanterre-La Défense

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Pour citer l’article

Isabelle ANTONUTTI, « PRESSE DU CŒUR ou PRESSE SENTIMENTALE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/presse-du-coeur-presse-sentimentale/