SZÉKELY PIERRE (1923-2001)

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Sculpteur d'origine hongroise, Pierre Székely fait partie des artistes qui ont rejoint Paris après la Seconde Guerre mondiale et y ont poursuivi la tradition avant-gardiste de la sculpture abstraite. Resté actif jusqu'à sa mort le 3 avril 2001 à Paris, il avait reçu une formation traditionnelle à Budapest, sa ville natale, puis s'était imposé, à partir de 1960, comme l'explorateur d'un domaine propre, aux confins de l'architecture et de la sculpture.

Né le 11 juin 1923 d'un père orfèvre et d'une mère dessinatrice, Pierre Székely s'initie d'abord au dessin et à la gravure dans des écoles d'art hongroises. C'est dans un camp de travail, pendant la guerre, qu'il découvre la taille directe de la pierre, qui le marque pour toute son existence. Après la libération de Budapest, il commence à gagner sa vie comme affichiste en Hongrie puis s'installe, en 1947, en France, où il réalise ses premières sculptures, tantôt des sculptures-objets, qui poursuivent la logique surréaliste de „l'objet à fonctionnement poétique“, tantôt des formes résolument non-figuratives, qu'il imagine en lien avec l'architecture. En 1953, il a pour la première fois l'occasion de concrétiser ce rêve en réalisant la Forme noire, sculpture monumentale destinée à orner un immeuble parisien (rue du Docteur-Blanche, XVIe, architectes Ginsberg et Massé). L'année suivante, il participe avec sa première épouse Véra au chantier de la restauration de l'église de Fossé (Ardennes) où la pauvreté des moyens financiers devient l'occasion d'une pureté et d'une simplicité esthétique de haute qualité. En 1957, Székely réalise un ensemble de sculptures pour enfants, au milieu de logements à bon marché à Petit-Clamart (Hauts-de-Seine, architecte Robert Auzelle). domaine dans lequel il continue en sculptant le Château de jeux de Verneuil-sur-Seine, en 1962. Il invente une approche ludique et pédagogique de la sculpture contemporaine tout en lui donnant une véritable fonction sociale au sein de l'architecture.

Cette union de l'architecture et de la sculpture trouve son accomplissement dans de nombreux projets religieux, tels que la chapelle de Saint-Rouin-en-Argonne (Meuse, 1961), et surtout l'église du Carmel Saint-Saulve à Valenciennes (Nord, 1966), véritable sculpture-architecture inventée avec l'architecte Claude Guislain. La rigueur des volumes s'allie à un sens des courbes et de la lumière très marqué et la qualité de l'espace prouve la fécondité d'une recherche architecturale fondée sur un sens de l'agencement formel propre à la sculpture. Dans le domaine profane, Pierre Székely expérimente des théories analogues en réalisant le village de vacances „Renouveau“ de Beg-Meil (Finistère, 1964-1969), d'une richesse plastique très novatrice, puis quelques maisons particulières au début des années 1970. Ces différents exemples d'„utopie concrétisée“ trouvent leur véritable origine dans le projet de Cité Spirituelle (1961, avec François Bride), destiné à réunir, dans un quartier de la ville de Reims, les aspirations spirituelles des habitants et l'exigence de rationalité scientifique propre au xxe siècle.

En dehors d'autres commandes architecturales – Vitry, Évry, etc. –, Székely réalise surtout au fil de sa vie de nombreuses sculptures indépendantes, magnifiant la dimension sacrée de l'humanité – L'Homme cosmique (1960, musée d'Amiens), Noosphère (1966, Musée national d'art moderne, Paris), L'Homme libre (1978) –, souvent destinées à prendre place dans l'univers urbain – Monument à la paix (1983, Budapest). Cherchant à travailler en grandes dimensions, il a su inventer des techniques nouvelles comme le béton projeté sur armature métallique ou la taille du granit à la flamme, procédé développé dans le cadre de l'Institut européen de la technologie du granit, dont il fut le fondateur en 1977. Il a aussi mis à profit son inventivité dans des domaines aussi différents que la tapisserie, l'estampe ou l'art de la médaille.

Mais la matière restait toujours pour lui une simple servante de l'esprit, aussi bien dans le Jardin de la Méditation des âges de la vie, (cimetière de Valenton, Val-de-Marne, avec Robert Auzelle, 1972), que dans Le Regard dédié à André Malraux (Rikuzen Takada, Japon, 1978), ou plus récemment dans La Vie (1998) et Le Dragon (2000), taillés dans les carrières de Perros-Guirec. Pierre Székely s'est imposé comme un créateur généreux et utopique trouvant dans sa maîtrise parfaite de la matière le moyen même de la dépasser et de faire de la sculpture un authentique signe spirituel.

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire et de théorie de l'art contemporain à l'université de Paris-VIII

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Paul-Louis RINUY, « SZÉKELY PIERRE - (1923-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-szekely/