BÉNOUVILLE PIERRE DE (1914-2001)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Journaliste, directeur de Jours de France dès 1954 puis de bien des publications de Marcel Dassault, député pendant trente et un ans, Pierre de Bénouville, général à trente ans, est resté jusqu'à sa mort, survenue à Paris le 5 décembre 2001, une des incarnations les plus célèbres de l'ordre des Compagnons de la Libération.

Né à Amsterdam le 8 août 1914, fils d'un agent commercial, il fut critique littéraire et publia, dès 1936, Baudelaire le trop chrétien sous le nom de plume de Guillain de Bénouville. Fondateur de Radio-Patrie en 1941, animateur militaire de Combat avec Henri Frenay, il contribua à fédérer les Mouvements unis de résistance (M.U.R.) en 1942 et conduisit, en Suisse, les contacts visant au soutien direct des M.U.R. et au financement des maquis naissants par les services spéciaux américains. L'hostilité de Jean Moulin à cette initiative fut nette car, dans ce premier semestre de 1943 où les États-Unis s'opposaient à la venue du général de Gaulle à Alger, les divisions de la Résistance intérieure affaiblissaient la capacité gouvernementale du Comité national français siégeant à Londres. Or la création du Conseil national de la Résistance visait à démontrer aux Alliés l'union de toute la Résistance intérieure derrière de Gaulle pour permettre à celui-ci de devenir le président du Comité français de libération nationale, ce qu'il fut le 3 juin avec Giraud puis, seul, à partir du 9 novembre 1943.

Pour que les intérêts des anciens de Combat soient bien pris en compte dans la succession du général Delestraint, chef de l'Armée secrète, arrêté le 9 juin 1943, Pierre de Bénouville fut à l'origine de la présence de René Hardy à Caluire, lors de la réunion du 21 juin qui scella le destin du premier délégué du général de Gaulle en France occupée. Face aux mystères de sa trahison, il garda son affection pour l'organisateur de Résistance-Fer. Après avoir reconnu qu'il ne voulait pas se poser de questions, il écrivit, dès 1946, „Judas était parmi nous, mais avant de trahir, il était pareil à nous [...] parce qu'une fois il a failli, il est perdu !“, toutefois il défendit longtemps Hardy, qui lui avait confié, en 1945, bien au-delà d'un ratage de sa vie, son „immense lassitude du monde“. Pour sa part, fait général après son engagement direct dans la campagne d'Italie du printemps de 1944, Pierre de Bénouville s'est voulu membre actif de „l'Armée française ressuscitée, victorieuse et unie“. À son compagnon Emmanuel d'Astier, fondateur du mouvement de résistance Libération-Sud, qui lui reprochait d'aimer la guerre, il répondait : „À la violence du mal on ne peut répondre que par une violence plus grande que commande l'Esprit.“

Sous la IVe République, l'ancien camelot du roi siégea au conseil de direction du Rassemblement du peuple français, fondé par de Gaulle en 1947, et fut député gaulliste d'Ille-et-Vilaine de 1951 à 1955 puis de 1958 à 1962. L'organisateur du voyage clandestin de Jacques Soustelle vers Alger, en 1958, douta peu des vertus du changement de régime, même s'il fut exclu de l'U.N.R. en 1962 en raison de sa fidélité aux partisans de l'Algérie française. Maire de La Richardais (Ille-et-Vilaine) de 1953 à 1971 et conseiller de Paris après 1989, il fut député U.D.R. puis R.P.R. du XIIe arrondissement de 1970 à 1993. Il était alors, comme administrateur de Dassault Aviation et de Dassault Industries, surtout connu pour son rôle dans le financement des droites en France.

Fondateur du Club des 22, groupement paritaire de Compagnons de la Libération de droite et de gauche soucieux d'unité nationale, il attesta à la tribune du Palais-Bourbon, en 1984, l'engagement résistant de François Mitterrand, son condisciple du collège Saint-Paul d'Angoulême. Pierre de Bénouville s'est aussi voulu fidèle aux héros morts de la Résistance. Dès 1945, il avait décrit leurs vies sous l'Occupation où „l'angoisse était maîtresse“. Sa vision de la France combattante – „une unité totale, pareille, indispensable“ du traditionaliste Henri Frenay au communiste Fernand Grenier –, pour datée et trop idyllique qu'elle soit, témoigne de l'espérance qui anima ses camarades martyrs lorsqu'ils accomplissaient volo [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : docteur en études politiques et en histoire, ancien délégué-adjoint aux célébrations nationales (ministère de la Culture et de la Communication)

Classification

Pour citer l’article

Charles-Louis FOULON, « BÉNOUVILLE PIERRE DE - (1914-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-de-benouville/