DICK PHILIP K. (1928-1982)

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Si Jules Verne et H. G. Wells ont mis en place au début du xxe siècle les conditions d'un nouveau genre littéraire, la science-fiction, si A. E. Van Vogt, Ray Bradbury, Isaac Asimov, et quelques autres, se sont assuré, deux générations plus tard, une renommée importante, c'est probablement au romancier de science-fiction américain Philip K. Dick qu'il revient d'avoir écrit l'œuvre la plus personnelle, dans un domaine où les difficultés psychologiques de l'auteur ont inspiré avec bonheur la thématique et la construction de récits à la facture faussement classique. Ces derniers sont à l'origine de nombreux films, tels que Blade Runner (R. Scott, 1982), Total Recall (P. Verhoeven, 1990), The Truman Show (P. Weir, 1998), Minority Report (S. Spielberg, 2002), Dead Zone et eXistenZ (D. Cronenberg, 1984 et 1999), ou encore Next (L. Tamahori, 2007).

Le réel dérobé

Philip Kindred Dick est né le 16 décembre 1928 à Chicago. Une sœur jumelle, Jane, mourra quelques jours plus tard ; mais sa présence fictive continuera de se faire sentir jusque dans les derniers textes de son frère. Les parents de P. K. Dick divorcent lorsqu'il a quatre ans et il suit sa mère, Dorothy, en Californie, pour ne plus revoir qu'épisodiquement un père qu'il déteste autant qu'il cherche à le retrouver dans ses écrits. Le métier de sa mère ne sera pas non plus étranger à l'inspiration de Philip K. Dick : celle-ci était en effet employée par le Département d'État américain à censurer les textes des porte-parole du gouvernement pour les ramener à la « vérité » officielle. Cette question de la réalité en proie à la puissance de l'écriture, biffée d'un trait de plume, créée, pour des millions de gens, par des signes inscrits sur une feuille de papier, constitue l'interrogation fondatrice à laquelle l’œuvre de Philip K. Dick tentera de répondre.

Après des études de philosophie à l'université de Berkeley, vite interrompues, P. K. Dick se fait engager dans un magasin de disques, puis comme programmateur d'une station de radio. Il se marie, abandonne son métier rémunérateur pour tenter d'écrire des romans de littérature générale – immanquablement in-vendus – et des récits de science-fiction, bientôt publiés. À partir de 1952, la carrière de l'auteur va s'organiser en trois périodes scandées par les départs de ses femmes successives et de ses enfants : répétition d'un divorce ancien où P. K. Dick tient le rôle du père abandonné.

Jusqu'au début des années 1960, P. K. Dick inonde les éditeurs de brefs récits. Plus de quatre-vingts textes seront publiés pendant cette période. Pour la plupart extrêmement courts, ils passent en revue les thèmes repris plus tard dans ses écrits les plus personnels. Un premier roman, Loterie solaire (1955), décrit l'aliénation sociale des sans-pouvoir, au service des monopoles qui les tiennent fascinés par une gigantesque loterie aux dimensions de la planète.

En 1962, après une grave dépression due au départ de sa femme et de son enfant, mais aussi aux difficultés rencontrées sur le marché de la science-fiction américaine, Dick écrit Le Maître du Haut-Château, qui reçoit le prix du meilleur roman de l'année et demeurera son œuvre la plus appréciée outre-Atlantique. Puis il commence une série de textes où il met en question la réalité des objets environnants à travers les thèmes de la drogue, du délire ou du « coma prolongé » ; ce seront là ses plus beaux livres : Le Dieu venu du Centaure (1964), Glissement de temps sur Mars (1964), Docteur Bloodmoney (1965), Ubik (1969), Au bout du labyrinthe (1970).

À la fin des années 1960, Philip K. Dick est encore considéré aux États-Unis comme un écrivain de second ordre. Il doit affronter de graves problèmes financiers. Sa nouvelle femme le quitte, alors qu'il est obligé de se faire hospitaliser, victime de l'abus d'amphétamines. Hanté par des idées paranoïdes, certain d'être condamné à brève échéance, l'auteur décide alors de quitter les États-Unis pour s'installer au Canada, émigration qui coïncidera avec une longue période de silence littéraire.

Revenu s'installer en Californie à partir de 1974, de nouveau marié et père de famille, Dick vit longtemps des revenus de ses ventes en France, où il sera l'un des auteurs de science-fiction parmi les plus traduits et commentés ; puis il recommence à écrire – avec moins de bonheur q [...]

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Écrit par :

  • : assistant en psychologie clinique à l'université de Provence (Aix-Marseille-I)

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Pour citer l’article

Marcel THAON, « DICK PHILIP K. - (1928-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/philip-kindred-dick/