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FÉVRIER PAUL-ALBERT (1931-1991)

Professeur d'histoire romaine à l'université de Provence, mais aussi vice-président de l'Inventaire général des richesses artistiques au ministère de la Culture (véritable président en l'absence du ministre), animateur de multiples entreprises dans le domaine de l'Antiquité tardive, président obligé des séances de congrès, Paul-Albert était depuis longtemps une « star », capable de déclarations iconoclastes, de colères plus ou moins feintes, de jugements définitifs ; mais il était aussi le professeur adoré de ses étudiants, à Alger comme à Aix, le maître respecté et craint de « thésards » dispersés à travers l'Europe et le Maghreb et qui constituaient sa véritable famille, le savant que l'on consultait avec révérence dans le monde entier et qui s'était réjoui, il y a deux ans, de découvrir le Japon et d'apprendre que l'on y enseignait l'archéologie chrétienne en citant ses travaux.

Né à Cannes en 1931, mais originaire de Fréjus où il avait grandi et où il se réfugiait toujours avec plaisir pour alterner le travail et les promenades dans les collines, il était Provençal dans l'âme, et peut-être aurait-il choisi, s'il s'était écouté, une retraite dans le monastère de l'île Saint-Honorat (Lérins), car sa foi était ardente, exigeante et, par conséquent, dérangeante pour l'Église. Mais le destin – ou son sens exacerbé du devoir – en avait décidé autrement. Devenu archéologue au contact des maîtres provençaux de l'époque (Fernand Benoît à Aix-en-Provence et à Nice, Henri Rolland à Saint-Rémy), il avait amélioré leurs méthodes auprès de Nino Lamboglia qui fouillait à Vintimille et lui avait appris la stratigraphie, c'est-à-dire le moyen de dater par la céramique et les monnaies. Il avait appliqué ces méthodes aux fouilles de sauvetage qu'on lui avait confiées, très tôt, à Fréjus. Mais il ne voulut pas rester un « érudit local ». Élève à Aix d'un grand historien du Bas-Empire romain, Jean-Rémy Palanque, il « monta » à Paris pour préparer l'École des chartes, véritable vivier d'archivistes et de bibliothécaires, dont il sortit premier, après avoir soutenu une thèse sur le Développement urbain des villes de Basse-Provence.

Suivant l'usage, le premier des Chartes partait pour la prestigieuse École française de Rome, installée au Palazzo Farnese. Il garda de ce séjour, en 1955-1957, un amour profond du pays et des hommes. Il se consacra à l'étude de l'évolution des catacombes romaines, sujet qui avait passionné les savants chrétiens au xixe siècle, non sans volonté exégétique : on cherchait alors à conforter l'historicité de l'Église en essayant de faire remonter loin dans le temps les premiers témoignages matériels. Février s'inscrivit dans une tendance plus objective, qui aboutissait peut-être à l'excès contraire et n'était pas bien vue, à l'époque, des milieux conservateurs. Il garda toute sa vie un intérêt particulier pour ces problèmes, dirigeant plusieurs thèses sur les catacombes, traitant des mêmes questions de chronologie ou de structure pour les chrétientés naissantes d'Arles en Gaule, d'Aquilée en Italie.

Les membres de l'École française de Rome allaient fouiller en Afrique : ce fut pour lui Utique en Tunisie, et la découverte des mosaïques du Bardo. Puis son service militaire l'orienta vers l'Algérie, en pleine guerre et dans des circonstances qui troublèrent profondément ce chrétien de gauche, par nature anticonformiste. Sans renier ses devoirs, il noua avec les adversaires du moment des liens qui subsistèrent jusqu'à sa mort. L'archéologie fut la solution de ses débats internes. On le chargea de contrôler les fouilles étendues menées à Sétif, ancienne Sitifis, que l'on venait[...]

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Écrit par

  • : professeur à l'université de Paris-IV (archéologie de l'Antiquité tardive), directeur du Centre de recherche du C.N.R.S. Lenain-de-Tillemont (Antiquité tardive et christianisme ancien)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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