VECCHI ORAZIO (1550 env.-1605)

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Musicien italien, prosateur et poète, né et mort à Modène, Orazio Vecchi est surtout célèbre pour son chef-d'œuvre, le grand madrigal dramatique L'Amfiparnasso. Il fut le protégé du mécène Baldassare Rangoni (1577). En 1582 et en 1584, il occupa les fonctions de maître de chapelle à la cathédrale de Salò et les deux années suivantes à celle de Modène. Après avoir été chanoine de la collégiale de Correggio (1586-1591), il devint archidiacre du chapitre (1591-1592). Cette dernière année, il revint à Modène pour diriger la chapelle de la cathédrale. En 1598, il fut nommé professeur de musique et maître de chapelle à la cour de Cesare d'Este.

La musique religieuse de Vecchi est de style traditionnel et d'esprit assez austère. L'originalité de ce compositeur se manifeste avant tout dans les œuvres profanes : la Selva di vari ricreatione (de trois à dix voix, 1590), le Convito musicale (de trois à huit voix, 1597), La Veglia di Siena (de quatre à six voix, 1604) proposent une suite de pages joyeuses, telles que canzonette, villotte, giustiniane, tedesche, mascherate, dialoghi, capricci, serenate, balli, arie, fantasie, dans un esprit humoristique digne de Giovanni Croce, Janequin ou Roland de Lassus. Comme il le dit lui-même : « J'alterne le piacevole (aimable) et le grave (sérieux) sans crainte pour la dignité de l'art et le sérieux de la profession. Mon but est la variété ; la vie est mon modèle, et dans celle-ci le grave et le piacevole alternent et s'interpénètrent incessamment. » Quant à L'Amfiparnasso (c'est-à-dire le double Parnasse), c'est, comme Vecchi l'indique en sous-titre, une commedia harmonica, une comédie harmonique, pour chœur à cinq voix. Il fut composé en 1594, créé la même année à Modène et publié à Venise en 1597. L'œuvre, qui comprend une suite d'épisodes plutôt disjoints, sans intrigue véritable, comporte un prologue, trois actes et treize scènes. Vecchi est l'auteur tant des paroles que de la musique. Le texte manque certainement d'intérêt, bien que le mélange des langues soit fort curieux comme entreprise : Pantalon fait la cour à Hortense en dialecte vénitien ; Lelio aime la prude Nina en italien ; le capitaine Cardonne parle l'espagnol, le docteur Graziano le bolonais, les Juifs une espèce de jargon propre au ghetto, les domestiques quelque dialecte imprécis... Une telle œuvre vaut surtout par la musique, une musique qui témoigne de la maîtrise avec laquelle Vecchi use du langage polyphonique, qui semble tout spontané tant par la veine comique (dans l'esprit du madrigal de caractère) que par la grâce sentimentale, parfois langoureuse (dans l'esprit du madrigal sentimental). On peut citer comme pages particulièrement bien venues le « O Pierulin dor'estu » et le duo amoureux « Che volete voi dir ». Il convient toutefois, à propos d'un tel chef-d'œuvre qui, par son isolement même, ressemble à la position qu'occupe Pelléas et Mélisande de Debussy dans l'histoire de l'opéra français, de remarquer qu'il ne pouvait guère y avoir une suite à ce genre de composition — il n'y eut pratiquement qu'Adriano Banchieri (1568-1634) pour continuer dans la voie tracée par Vecchi. L'Amfiparnasso est en effet une suite de madrigaux polyphoniques (les solos y sont très rares). Bien que l'esprit théâtral qui l'anime soit proche du style de la commedia dell'arte, l'œuvre n'est pas destinée à être représentée sur scène ; enfin, il n'y a pas de récitatif. Aussi est-il erroné d'en vouloir faire le premier opéra ; il faut laisser cet honneur, semble-t-il, à la Dafne de Jacopo Peri. Quelles que soient les qualités de vie, de grâce, de naturel, de variété, de richesse de coloris, de puissance de suggestion — car Vecchi sait voir et faire voir —, confier le drame à des chœurs qui représentent des personnages ne pouvait être qu'un propos sans grand avenir.

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Écrit par :

  • : psychanalyste, membre de la Société de psychanalyse freudienne, musicologue, président de l'Association française de défense de l'orgue ancien

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Pour citer l’article

Pierre-Paul LACAS, « VECCHI ORAZIO (1550 env.-1605) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/orazio-vecchi/