BAHARIYA OASIS DE, Égypte

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Un jour de l'été 1996, l'âne d'un gardien du service des Antiquités trébuche dans un trou près de la route qui va de Bahariya à Farafra, non loin de Bawiti, ville principale de l'oasis occidental égyptien. Le gardien, intrigué, en réfère à son supérieur, lequel alerte aussitôt le Dr Zahi Hawass, directeur des Antiquités pour la région de Giza et du nord des oasis. Commencée en 1999, l'exploration va permettre de repérer une vaste nécropole. Dans quatre tombes explorées, on découvre 105 momies, ainsi que le matériel funéraire habituel. Les fouilleurs sont émerveillés par ces momies bandelettées avec art et souvent dotées de très beaux masques-plastrons en cartonnage stuqué et doré, caractéristiques de l'époque gréco-romaine.

L'oasis de Bahariya fait partie du chapelet d'oasis qui jalonnent le désert occidental, depuis le Fayoum, au nord, jusqu'à la plus méridionale, Kharga. Les plus anciens monuments de l'oasis de Bahariya remontent au Nouvel Empire (env. 1550-env. 1000 avant J.-C.). Au cours de la XXVIe dynastie, la région semble avoir été très prospère, comme en témoignent plusieurs belles tombes peintes de notables locaux, découvertes il y a plusieurs dizaines d'années par Ahmed Fakhry, en son temps le meilleur connaisseur des oasis. Aux époques ptolémaïque et romaine, la région connaît un regain d'activité dont témoigne le temple construit en l'honneur d'Amon-Rê, sous Alexandre le Grand ; l'édifice porte le cartouche du souverain, ce qui est unique en Égypte.

La culture de la vigne paraît avoir été une des principales ressources de l'oasis, dont les vins, renommés, étaient exportés dans la Vallée. Quantité de vestiges d'époque tardive, temples, habitat, nécropoles ont été repérés.

Creusées dans un grès assez friable, les tombes de la nécropole de Bawiti sont collectives et probablement familiales ; elles comportent généralement deux chambres funéraires précédées d'une antichambre et d'une entrée. Dans un seul cas, sur les parois de l'entrée, le dieu Anubis est représenté en qualité de gardien de la nécropole. Une autre tombe se présente, selon les fouilleurs, comme une véritable catacombe, avec loges superposées.

Au moment de la découverte, les momies étaient placées sur des banquettes taillées dans les parois des chambres funéraires, à l'intérieur de sortes d'alcôves. Beaucoup sont dotées de masques-plastrons en cartonnage, faits de tissus de lin agglomérés et stuqués, tandis que d'autres corps sont simplement enveloppés de linceuls et de bandelettes. Certaines momies étaient déposées dans des sarcophages anthropoïdes en terre cuite. L'usage de masques-plastrons, qui correspond aux pratiques en vigueur aux époques ptolémaïque et romaine, est tout à fait comparable à celui que l'on peut observer dans d'autres nécropoles de la même période : Hawara au Fayoum, El Hibeh, Antinoé, Meir en Moyenne-Égypte, Douch et Aïn-Labakha dans l'oasis de Kharga, en Haute-Égypte. Les masques de Bawiti sont de belle qualité, les visages et quelquefois les plastrons étant entièrement dorés. Le décor des plastrons comporte les motifs traditionnels : Osiris, divinités funéraires, rangées d'uraeus (cobra dressé, symbole solaire et de pouvoir), prêtres ou défunts en prière. Le décor d'au moins deux d'entre eux accorde une place centrale au dieu Thot sous forme d'ibis, ce qui est rare et peut s'expliquer par la présence dans l'oasis d'un culte de ce dieu ainsi que d'un cimetière d'ibis sacrés. Une image analogue de Thot sous forme d'ibis figure sur des masques-plastrons provenant des nécropoles de Touna el Gebel, où se trouvait son principal lieu de culte, et de Meir. Un autre trait remarquable est la présence sur ces masques-plastrons de Bawiti d'un uraeus frontal : ce symbole n'appartient normalement qu'aux images du pharaon, qu'il s'agisse de statues ou de masques funéraires. C'est peut-être un exemple de plus de l'usurpation d'attributs royaux par des particuliers, en l'occurrence, sans doute, des notables locaux. Les deux momies qui portaient à la fois un uraeus frontal et une image de Thot pourraient être celles de grands prêtres de ce dieu.

Le matériel funéraire est conforme à la tradition : poteries utilisées pour les offrandes aux morts, statuettes de divinités féminines ou de pleureuses, bijoux et amulettes. La présence de monnaies permet de [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire des religions à l'université Marc-Bloch, Strasbourg
  • : docteur en médecine, ancien chef du service de radiologie de l'Institut Arthur-Vernes, Paris

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OASIS ÉGYPTIENNES, archéologie

  • Écrit par 
  • Christiane M. ZIVIE-COCHE
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Dans le chapitre « L'oasis de Baharia »  : […] L'oasis de Baharia, Ouhat el-Baharia (l'oasis septentrionale), se situe à la hauteur de Medinet el-Fayoum à environ 200 kilomètres à l'ouest de la vallée. On peut l'atteindre à partir du Fayoum mais plus facilement par la route qui s'enfonce dans le désert au niveau des pyramides de Giza. L'oasis s'étend sur 95 kilomètres de long et une quarantaine de large. Quatre agglomérations y regroupent l'es […] Lire la suite

Pour citer l’article

Françoise DUNAND, Roger LICHTENBERG, « BAHARIYA OASIS DE, Égypte », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/oasis-de-bahariya-egypte/