NOMBRE, linguistique

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À part de rares exceptions lexicalisées, tout substantif est susceptible d'être à volonté employé dans l'énoncé au singulier ou au pluriel. Dans certaines langues, on rencontre, en outre, la désignation d'une paire d'objets dénombrables, le « duel ». Mais la catégorie du nombre connaît rarement une partition plus fine, quoique, a priori, cela ne soit pas impossible. Catégorie grammaticale qui semble avoir son fondement dans l'évidence empirique, le nombre est une structuration imposée par la langue à l'expérience : elle s'intègre dans un système d'oppositions, le plus souvent à deux termes.

Encore faut-il distinguer la manière tout à fait spécifique dont le pluriel affecte le code oral ou le code écrit et, à l'intérieur des deux, les différentes classes de la grammaire. Pour ces dernières, on sait que sont invariables en nombre les adverbes, conjonctions et prépositions (à l'exception toutefois de à et de, qui connaissent, en position de déterminants du nom, des variantes morphologiques) ; à l'inverse, peuvent prendre la marque du nombre les noms et ce qui s'y rapporte syntaxiquement (adjectifs et articles ; mais ce n'est pas vrai de toutes les langues) ; quant au verbe, on peut parler à son sujet de variation en nombre d'un point de vue morphologique seulement. En effet, si la pluralisation du nom correspond à une véritable quantification, il n'en va pas de même du procès : le verbe « s'accorde », mais n'est pas vraiment pluralisé, sinon par des procédures lexicales (ils fument/ils fument beaucoup).

Si l'on s'en tient, d'autre part, au code oral, il suffit que l'énoncé soit désambiguïsé sur un seul point de la séquence lors de sa production : rares sont les phrases totalement dénuées de spécificité quant au nombre ; ce peut être le cas seulement d'un énoncé minimal à quatre segments, tel que : lœr peti bebe plœr, qui se décode indifféremment au singulier ou au pluriel [leur(s) petit(s) bébé(s) pleure(nt)]. Mais c'est là un cas limite, car la case occupée par les déterminants est porteuse de variations quasi systématiques (lə/le [le/les], œ̃/de [un/des], etc.), tandis que certains noms et adjectifs de la langue (mais statistiquement peu) sont porteurs d'une opposition phonétique (ex. : ʒurnal/ʒurno [journal/journaux], ou ʒenjal/ʒenjo [génial/géniaux]) ; quant aux verbes, ils se répartissent inégalement entre ceux qui sont indifférents au nombre, cas de la plupart (ʃ̃αt [chante(nt)], vwa [voit/voient]), et ceux qui sont marqués (ex. : fini/finis [finit/finissent], ou pø/pœv [peut/peuvent], etc.).

En somme, pour le code oral, c'est, statistiquement au moins, le déterminant qui est l'élément pertinent quant au nombre. Dans le même ordre d'idées, on peut décrire la liaison qui se dégage dans certains contextes phonétiques (lœr-z-̃αf̃α ʒu [leurs enfants jouent]) comme un phénomène qui accentue encore ce rôle. Le code écrit, en contrepartie, est parfaitement redondant par rapport à l'information sur le nombre, puisque tous les segments sont simultanément variables : leur(s) petit(s) bébé(s) joue(nt). L'abondance des marques muettes (-s, -nt), parfois maintenues, au prix de certaines inconséquences ou absurdités, par une longue tradition typographique entre autres, est un système secondaire qui pallie, au nom de la cohésion grammaticale, la carence propre à l'écriture en facteurs de situation, mimiques et signaux, fort nécessaires au code parlé.

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  • Écrit par 
  • Robert SCTRICK
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Robert SCTRICK, « NOMBRE, linguistique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nombre-linguistique/